Le Cahier Rouge

« On peut prendre le problème par tous les côtés, ça change rien,
La vérité c’est que c’est risqué d’être ce que nous sommes,
Pauvres »il prit les 2 cigarettes que je lui tendis, et disparut.

Revenir dans sa ville – Comprendre la situation


Gouine City était une ville comme toutes les autres.
Il n’y avait pas que des Gouines à Gouine City, de la même manière qu’il n’y avait pas que des Chinois dans le quartier chinois.
Il y avait juste cet insensé panier de crabes, où un millionnaire coké portait les mêmes Stan Smith qu’un toxico, où une élégante femme en réussite se tenait à 2 mètres du gars qui pue la mort dans le métro, où les nounous africaines promenaient les enfants des riches qui votaient FN. Un panier de crabes je vous dis. Impossible de se stabiliser.

Alex Duke était de retour dans sa ville, dans ses rues. Quelque part, ça l’apaisait toute cette cohue. 


Alex Duke préfère ne pas savoir que l’avenir est à sa porte

Alex a un ami imaginaire
Mais il ne peut pas l’aider pour ses foutues angoisses d’adultes

Oui elle doit changer, il n’y a pas vraiment de doutes

Alex Duke marche des heures et des heures, sans but
Elle se tourne et se retourne dans sa tête

Elle doit faire ce qu’il ne faut pas faire, elle doit penser Carrière
Elle commande 2 bières, une pour elle
Et une pour son ami imaginaire


Le jour suivant, elle traverse le jardin des Dames, et tombe sur un petit gars qui vend des cahiers. “Si on était à Chicago, il m’aurait sûrement cirer les pompes pour 2$” pensa-t-elle. Je la convaincs d’acheter le petit rouge avec sa couverture vieillotte. 
Assis sur le banc, je lui file un stylo et elle note :

Réveil soudain à Gouine City

Elle cherche pendant des heures le nom de sa future Agence, son rêve secret.
Elle ne trouve pas. Elle doit encore marcher.


Alex Duke pense souvent à ses parents,
ça, il n’y a que moi qui le sait.
Elle comprend bien que l’enfance se finit
Et la voilà maintenant sans CV, sans avoir rien construit
Craignant le jour où ils lui annonceront leur maladie.
Elle cogite comme ça en tremblant, sans distinction entre jour et nuit


Alex Duke est une sacrée routière
Elle est fière, instinct de survie.
Elle déchire la page vierge au titre pompeux “Carrière”
Elle décide de s’en tenir au plan “N’en avoir rien à faire”

Je trouve qu’elle a raison et ne manque pas une occasion de lui faire savoir.
“Je devrais écrire des chansons, pour des rockeuses, pour des pionnières.”
“Oui tu devrais” je lui tendis le 4 couleurs
Tout prenait corps.


Dans le cahier rouge
Elle écrivit son premier bon texte un matin d’hiver


Bam Bam

Connaître 
La Petite Musique de nos nuits

Un mec se désespère,
bien seul, le long des boulevards déserts
des impasses, des larmes de plomb, des galères

Il est Prince de la nuit sans royaume

Ouais ça commence vénèr
Et quand ça sera fini, il fera l’aumône

Le prince des nuits sans royaume

Connaître 
La Petite Musique de nos nuits
Chaque soir depuis des millénaires,
Elle joue le requiem de la Colère
Elle chauffe la lame de son cutter, la partition taillée par terre
C’est pas de sa faute, mais c’est à elle de le faire,
Annoncer la faim brûlante, la solitude, et toutes les filles de la Misère

Une meuf implose en souriant
Pour ne pas penser à l’avenir absent
Elle crame la soirée d’infinis fragments

Facile
Elle est la reine de la dope

Et quand elle se sera finie, il sera plus tard que l’aube

Implose ici
ô oui
Explose
La bombe de la dose

Connaître 
La Petite Musique de nos nuits
Chaque soir depuis des millénaires,
Elle joue le requiem de la Colère
Oui mais voilà, c’est à elle de le faire
Annoncer le dégoût, l’épuisement et les prémices de l’Enfer sur Terre

Un jeune type se sent vraiment trop nul ce soir
Trop dégueu, trop bizarre
Sa famille ne l’aime plus
Il a dû apprendre à dormir dans la rue

Lui non plus ne s’aime plus

Il est Princesse dans ses pensées
et tous les soirs
Il met sa robe

Elle s’aime mieux
Courageuse
Elle met sa robe.

Le conte passe par des mauvaises personnes

L’étoile de la princesse invisible
lentement se dérobe

Et quand ce sera la fin du livre, son enterrement sera sobre

(Connaître la Petite Musique de nos nuits.)


Quand elle eut fini, mon cœur battait très vite
Elle me laissait avec ce puissant tournis, attendant mon avis.

“Très bien” c’est tout ce que j’ai dit. Je suis restée là encore une heure et demi.
J’avais compris, et je crois qu’elle aussi. 
Il était temps que je la laisse, elle avait bien grandi.

J’enfilais mon manteau et lui dis sans me retourner, ne voulant pas qu’elle voit les larmes qui me montaient
“Alex Duke, remplis moi ce cahier!
On s’est bien débrouillées, alors ne reviens pas en arrière.
A un de ces quatres vieille branche et ralentis la bière!”

Après tout, je n’étais que son ami imaginaire.




– épisode 8 –

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