[Recommandations finales]
1h23 de lecture en gros.
Cela va être décousu.
Ce n’est pas une envie de ma part de faire la maline, ni de vous perdre en chemin.
C’est un diaporama, une vie séquencée.
Un sommeil fiévreux. Une période qui s’achève.
La Saison 1
“T’inquiète pas, on trouvera bien un moyen de les niquer!
Champagne pour tout le monde!” – veille de match au carré VIP du Frou Frou
Et puis à la fin nous avions dû nous résoudre à perdre encore
I. Les Prémices
Une chanson de Bernard Lavilliers se terminait avec force et nostalgie. Je m’arrêtais au feu rouge à hauteur d’un fourgon tagué qui devait aller bosser aussi
“Retrouvons Becky Grant pour le flash infos de 5h du matin […] Des nouvelles de la 9e journée de Super Ligue, tout d’abord le choc opposant les Briques du 18 aux Vipères Solitaires s’est soldé par une rencontre très fermée et un score nul et vierge”
“Une vraie purge tu parles ce match! i’ m’a plombé la soirée” commenta Tony en plantant une roulée dézinguée dans sa barbe pour en tirer une latte énorme. Ça lui aurait pourtant fait un bien fou de voir un beau match hier soir.
“Regain de forme confirmé pour les Ré Mantas qui s’imposent 3-1 contre les HardCorsica dans le derby des îles. Ça va mal du côté de l’Olympique des Tatouées qui craquent encore dans les dernières minutes [.] ” ça aurait continué ainsi de suite pendant des plombes si Tony n’avait pas coupé. Il nous mis ce qu’il considéra, à juste titre, comme “un bon son avant d’aller dans cette galère”, du rap américain à l’ancienne, les Chroniques de 2001.
On eut à peine le temps de se rappeler correctement notre enfance de rap que je le déposais devant la boîte d’intérim. Il faisait nuit noire, ça caillait sec à 5h du mat’ dans ces rues-là derrière la Grand’Gare. Il y avait beaucoup d’autres types qui attendaient aussi que ça ouvre et devaient prendre leur tour, et ça foutait le cafard. J’eus envie de me lancer dans une phrase du genre “C’est vraiment des gens très courageux putain et le pire c’est que partout aux pouvoirs ils les traitent d’assistés de pauvres, et les cons reprennent en cœur, ça me dégoute” mais je m’abstins. Tony y était aussi et il allait devoir se farcir cette trop dure journée, alors j’avais pas envie de le bassiner.
Quelques heures plus tard je prenais un café songeur et filais livrer des vinyles de Claude François – j’étais pas fière – à un type antipathique qui voulait les offrir à sa femme. Il faut reconnaître que la bourgeoisie n’est pas la classe sociale la plus agréable, disait une vieille dame qui en connaissait un rayon.
Je vous raconte tout ça et vous comprenez bien que mes journées étaient futiles au possible, mon impact sur les choses était nul, je vivotais aux abois. Et tous autour de moi faisaient de même. C’était difficile. Nous étions jeunes et usés sans guerre.
Quelques chansons passèrent dans cet état d’esprit puis le ciel se leva doucement.
Je ne me laissais pas aller non plus, et roulais le cœur à présent en fête vers la brasserie de la Moustache. Juste à côté d’un stade municipal en taule et en béton ce bon vieux stade populaire. Ce soir à la Moustache, les tauliers Solange et Didier diffuseraient le match entre les Lames de Panam’ et les Bombasses d’Arras. Les Lames étaient les chouchoutes du comptoir à la Moustache et ça en était ainsi depuis toujours, avec son lot de fêtes et de larmes.
Je devais faire l’installation des câbles etc dans l’aprem. Au comptoir y avait Armand qui sirotait du Porto devant son calepin. C’était comme dans les films, il nous jurait avec un air des années 1900 qu’il serait bientôt publié alors qu’on l’avait jamais vu écrire une foutue ligne. Et pas loin, papi Jean-Paul, un aveugle de l’Algérie colonisée, qui boit du blanc en gloussant de toutes les histoires du bord du zinc. Si vous allez à la Moustache vous ne pourrez pas les rater.
Solange ne jurait que par Coco la n°11 des Lames, une gauchère forte en gueule de 30 piges. “J’ai mis 10 balles sur Coco dans le dos de Didier hehe je vais nous payer un bon resto” Elle pétillait d’impatience du bon coup qu’elle lui préparait.
Quand je sortis pour rentrer chez moi, je vis des jeunes jouer contre le mur, s’improviser des 5 contre 5 de fortune, ici aussi les Lames de Panam emportaient l’adhésion. “On va dire que nous on est les Lames et vous vous êtes les Bombasses” disait le jeune un peu grassouillet technique qui adorait mettre des petits ponts. Et ça partait ainsi, un gringalet faisait des enjambées turbulentes sur le bitume cabossé. Puis une fille aux longs cheveux noirs frisés prit la balle et fit des merveilles. Je m’allumais une tige de fin d’aprem en regardant le spectacle. Ils avaient pas plus de 15 ans et s’occupaient avec plaisir.
Ils me taxèrent une clope et je leur devais bien ça!
“Tu t’appelles comment?” demandai-je à la fille aux dribbles et aux frisettes
“Kimi m’dame ouais Kimi Wajdi!”
“Et un jour elle s’ra pro m’dame n°10 wesh!!” renchérit un pote à elle
“C’est bien ça Kimi! Continue à t’entraîner avec passion” dis-je en m’éloignant. Je m’en voulus d’avoir dit une phrase aussi pédante, je valais pas mieux qu’une député de droite parfois!
Toujours est-il que ce jour-là je voyais jouer Kimi pour la première fois.
Des mois plus tard, je fus appelée pour une “mission d’organisation” lors du Grand Tournoi des Jeunes. Un intitulé bien pompeux pour dire que je devais empêcher les vétérans de boire trop de ricard de lancer leur propre barbecue, les jeunes de chourave des chasubles ou un ballon, et les bénévoles de se tirer prendre l’apéro. Sacrée bande d’escrocs!
Si je me souviens de ce jour, c’est par les dribbles de Kimi et ses passes insolentes, avec son équipe de gars ils voulaient briller pour la grande coupe. Leurs coeurs battaient très fort c’est moi qui vous le dis. Énormément de monde était au bord du terrain et jouait cette belle fête, tombola, panier mystère, stand frites et concours de pénaltys le midi, tout était réglé aux petits oignons et prenait facilement 1h30 de retard parce que José au micro est en train de prendre sa frite mayo moutarde avec Fabienne du stand chamboule-tout par exemple.
L’équipe de Kimi perd en finale au centre d’un petit stade en briques aux gradins bondés. Et bon sang ça oui ils ont vendu chèrement leur peau ces gosses-là contre les grosses écuries. A vrai dire on avait tous gueulé pour eux qui tentaient devant nous de bousculer les choses. Ils pleurèrent à la fin du match car ce n’était que des enfants, ils étaient à fond dedans ils avaient raison et Fabienne lâcha une larme aussi. Mais ce n’était qu’un chagrin d’enfant et on les revut vite heureux avec une partie de chamboule-tout offerte.
L’été suivant mes affaires avaient commencé à décoller au Syndicat. Je me sentais enfin comme une libellule. Une chaude après midi je donnais rendez vous à Vi à la Moustache. Je voulais lui montrer quelqu’un.
On emporta nos pintes fraîches jusqu’au stade, où on aperçut Kimi et un très bon joueur Anthony un pote à elle, tenir une préparation physique soutenue en binôme de destin. Cette sueur, ils l’ont rêvée la nuit on dirait bien. Et c’est de la fierté quand ils passent nous serrer la main.
On se posa avec Vi plus loin contre la rambarde et on les regarda se faire de longues passes, des beaux contrôles et leurs gestes amples et précis.
“Kimi va intégrer un centre de formation, et son pote aussi! Leurs familles sont très contentes. C’est quand même une sacrée pression, ça les embarque dans la fin de l’enfance…” je racontais à Vi
“Mais t’en fais pas pour ça, ils sont jeunes ils trouveront une façon de s’en sortir va!”, le dialogue fut assez neutre à y regarder de plus près.
Vi avait raison finalement. Kimi fut virée 6 mois après la rentrée, pour de nombreux motifs minimes comme cigarettes au balcon ou graffiti “ici c Berlin” sur un mur qui les empêchait de jouer le soir en liberté.
“Wesh les cigarettes c’est abusé, j’suis là sur le balcon tranquille, même j’avais fabriqué un petit cendar en Super Coupe avec une canette, ils l’ont jeté wesh, ahhh nan c’est des oufs là bas”
“Et pour le tag alors?”
“Ah là ouais j’ai déconné, mais wallah c’était pour rigoler, j’ai trop aimé les cours de soutien d’histoire j’te jure la première guerre froide, napoléon nanani! AHah je voulais juste avoir le droit de jouer c’est bonnn!”
Un jour, faudrait que je lui présente Pivol, j’ai pensé.
Elle se marrait en ouvrant un oasis, de retour au quartier, et avait sûrement raison de s’en foutre de tout ça.
Commence maintenant l’ascension vertigineuse
Observons les nombreux éclats
Ça ne peut plus être une route tranquille
II. L’éclosion
6 mois plus tard, je faisais ma proposition à Kimi. Je ressentais l’exaltation de pouvoir m’envoler avec elle.
“Je deviens ton agent, j’ai une proposition des Lames de Panam comme stagiaire. Je marche pour toi, tu marches pour moi. Qu’est ce que tu en dis?” Il fallait la convaincre.
1000 balles à la signature et une entrevue détendue à la Moustache un soir de match plus tard, l’affaire était convenue par une poignée de main sincère. Elle était bien sûr désinvolte car elle était timide. Quant à moi, mon coeur battait à la chamade, elle devait bien le sentir. Mais savait elle pourquoi? Elle deviendrait une Star, j’en étais sûre, et je me promettais de l’aider à devenir une Championne.
“Ça c’est ma poto si si Alex Duke Agent de Joueuses! Mais comment t’as fait ton compte?” Vi se foutait de moi en agitant sa blonde sur mon balcon. C’était simple comme bonjour, j’avais activé quelques ficelles du côté de Véro Lafonte. C’est pas qu’elle y pouvait grand chose de base, sauf qu’elle fricotait – les plus téméraires auraient dit “tendrement” – avec la présidente des Lames, Marie-Claire Lestoux. Au comptoir de la Moustache vous pouviez entendre sur la négociation d’un contrat “Lâche du lest Marie Claiiiire” dans des grandes rigolades. Les gens lui faisaient confiance.
Enfin voilà, Kimi jouait pour les Lames de Panam, comme un rêve pendant une sieste divine.
Je reçus peu de temps après un message de sa part :
Pourquoi 55? – Bah le 10 était pris alors 5+5 hehe c pas Pythagore ma gueule – bien vu!
On rentre les roues du train d’atterrissage, on décolle.
1 an plus tard
Je faisais au mieux pour mon poulain et ça serait facile de me jeter la pierre des années plus tard, voilà comment je lui obtins sa première titularisation : j’en parlais à Vi qui avait grâce aux paris clandestins des contacts privilégiés avec Lucky Lucy, qui elle-même contrôlait d’une façon ou d’une autre tout ce qu’elle voulait. Pour faire clair, je certifiais à Vi que si Kimi avait sa chance en équipe Première, elle planterait des buts, qu’il y avait un beau paquet à se faire pour elles. Et le week-end suivant, Kimi commença la partie.
J’étais en tribune, j’étais fière.
Bon le match fut assez brouillon et à la 45e elle avait toujours pas marqué, je commençais à suer des mains, merde il restait 15 minutes. Je repensais à la ptite de Clarysse Billot alors je me mis à gueuler à Kimi des encouragements fous, elle marqua 6 minutes plus tard d’une frappe croisée du gauche après un crochet foudroyant. Un des dribbles qui ferait sa légende, mais je ne le savais pas encore. Ça se conclut par un match nul 5 partout. Lucky Lucy est satisfaite.
Pour dire vrai les Lames végétaient dans le ventre mou du classement et le coach Claude Panucci n’était pas très apprécié à la Moustache et ailleurs. Mais les Lames, c’était comme la famille, pour les gars qui sortaient harassés de leur usine, les infirmières à bout de souffle, les chômeurs insultés, les instits sans moyen, les alcooliques non violents, et partout où y avait des briques et de la fumée près d’ici.
Une fois, une usine a pété juste au bout d’une rue ouvrière, et les flammes toxiques ont plastifié le ciel en noir. C’est à cette période-là que les Lames jouèrent quelques matchs au stade derrière la Moustache car le leur était pas loin de l’explosion. C’était le bon temps malgré la fumée.
Kimi ne jouait pas encore régulièrement en équipe Première et faisait ses gammes enthousiastes chez les jeunes le plus souvent. On m’avait fourni une voiture pour la véhiculer et Vi et moi en profitions aussi pour faire les 400 coups embarquant nos meufs d’une nuit en after aux soirées secrètes.
Parfois aussi on prenait des apéros à 2, garées sur un parking, à refaire le monde veillées par les lampadaires et les vigiles.
Notre voiture-radeau dans la mer de béton étoilée.
Une fois, avec la voiture, Kimi voulut aller voir la montagne, je lui certifiais qu’il y aurait pas de neige et que ça servait à rien mais elle me répliqua “Bah tant mieux wesh chui sûre tu sais même pas conduire dans la neige”, elle avait pas tort et on partit le lendemain.
On fit une balade, puis 2 tours de luge d’été et on commença à se cailler franchement. On dormit dans un chalet. Kimi était vraiment ravie.
Ce fut un moment merveilleux.
1 an plus tard, Kimi a 18 ans et s’apprête à apparaître aux yeux de tous.
Ce soir-là Vi et moi étions à un gala mondain. Je rageais de ne pas être en tribune, mais pas le choix, le boulot c’était le boulot et c’est pas à vous que je vais apprendre ça.
Arrivée aux festivités. On se la joue un peu sans savoir trop quoi faire. Alors on s’éclipse pour regarder le match sur le téléphone de Vi, à la grande terrasse aux gens sublimes dominant les toits de Gouine City.
On fume tige sur tige. Les Lames sont pas trop mal classées,
“7e de conférence Nord elles peuvent espérer jouer les play off si elles gagnent aujourd’hui contre les redoutables Purple Pills – Tout à fait Thierry, tout à fait. […] Place au match entre 2 équipes aux styles complètement opposés. D’un côté les Pills et leur collectif très costaud, on les connaît, l’expérience des rencontres couperets. Et de l’autre une équipe des Lames qui cherchent encore la régularité, c’est un collectif jeune qui peut perdre le fil du match, mais une équipe qui commence à faire de belles choses emmenée par l’expérimentée Coco. A noter la 2e titularisation de Kimi Wajdi en remplacement de l’habituelle attaquante blessée”
Kimi décora le match de coups d’éclats, de clins d’œil, de classe, de ruse et toujours sa petite insolence naturelle. Pour nous : du bonheur en bonbons. Elle prenait des gros coups et se relevait en souriant le défi à son adversaire directe. On s’exclamait tellement qu’on fut priées de regarder la fin du match dehors. C’était quand même un gala et les riches ne veulent pas toujours aimer le foot.
On s’en foutait, et en courant pour sortir de l’ascenseur on vit les dernières minutes sur le trottoir. Il y avait 3-3 au moment où Kimi arriva lancée face à l’adverse et l’élimina aussi simplement qu’un léger pas de danse, côté droit elle fila centrer fort à Coco qui se jeta pour mettre un coup de boule dévastateur dans le cuir. Le stade sauta de joie et nous aussi. Dans le quartier où nous étions, tout le monde devait nous prendre pour des folles des prolos, on s’en tapait bien. “l’Euromillions jugera!” gueulait Vi. On pensait à la Moustache et dans les rues par là-bas ça devait être une belle accolade.
“Vous savez Thierry, voilà ce genre de soirée où l’on assiste peut-être à la naissance d’une Star, Kimi Wadji et ses 18 printemps ont secoué les Pills de la première à la dernière minute avec une facilité déconcertante. [.]” Vi coupa et on partit chacune à nos affaires festives en se saluant bien.
Une soirée qui commençait à merveille.
Je me souviens aussi d’une journée solidaire organisée à la Moustache. Soutien aux grévistes des North Districts. J’étais là pour le Syndicat, quelques artistes devaient passer avec plus ou moins de talents. Des gens normaux ont raconté leur vie au micro, et ça mettait mal à l’aise de les voir au bord du gouffre.
Quelques joueuses des Lames passèrent nous voir, suggestion de Marie-Claire Lestoux. Kimi en faisait partie, quelle fierté pour elle de revenir ici en pro, et quelle fierté pour moi. Elle fut vite comme un poisson dans l’eau, en commandant son jus de pommes elle fut alpaguée par Jean-Paul et Armand qui n’avaient que du bien à lui dire et un soutien sans faille. C’était la petite de chez nous.
Les mois suivants furent difficiles dans les rues et au syndicat, les froides marches de manifestation, les lois meurtrières, les violences policières, les pouvoirs voyous
Plus tard résonnerait un air : “We will rock you”
Pendant ce temps, Kimi faisait son trou sans forcer. Les soirs de matchs, ça nous remettait du baume au cœur y a pas à dire.
L’été suivant, je passais à leur camp d’entraînement, Ouverture de la Pré-saison chez les Lames.
“Alors Stéphanie parlez nous de cette équipe des Lames – Et bien Thierry, c’est une des jolies surprises de la saison dernière et avec cette expérience accumulée on pourrait bien les retrouver plus loin dans la compétition cette année, à condition que la mayonnaise prenne avec la nouvelle coach Samantha Wax. – On le leur souhaite! Le mélange de joueuses expérimentées, je pense à la sulfureuse Coco, à leur gardienne Olga, et de la jeunesse plus ou moins confirmée, en défense Desch et Milou et puis l’étoile montante Kimi Wadji, tout ça peut faire des étincelles ! – Tout à fait Thierry [.]”
Je m’installais dans les tribunes avec un café bien sucré et savourais l’instant. Nous voilà en équipe Première avec les vedettes des Lames, attaquant la Super Ligue.
Kimi se fait chambrer par Coco qui imite ses dribbles, Desch morte de rire et Kimi se lance à son tour dans des imitations enjouées. En fait pendant un instant des adultes sont enfants, ça fait du bien. Milou se fait vanner sur ses tresses faites la veille pour les photos. Pendant la saison, elle balancerait encore des gros rythmes de dance-hall et des gros tacles.
Photo d’équipe, photos individuelles, interviews et un entraînement gala pour le plaisir des yeux. Mon poulain dans le grand bain.
Un soir de février, Kimi voulut que je la fasse sortir, elle tournait en rond un peu dans le grand appart où elle vivait avec Antho, son poto d’enfance et de ballons crevés, qui avait lui aussi signé son premier contrat pro. Sur le terrain ça roulait pour les Lames, tandis que lui galérait à se faire une place dans son club.
Nous sortions ce soir-là avec Vi au Scopitone, un bar sympa du centre. Je voulais faire voir d’autres choses à Kimi. Je voulais qu’on s’amuse. Il y avait dans un coin la sortie du livre-évènement “Les sorcières ne baisaient pas vos femmes non plus” de Lady M, il y avait un groupe de jazz-manouche qui garantissait l’ambiance en aisance, il y avait du beau monde, et aussi quelques meufs du Syndicat – les luttes étaient dans toutes les bouches.
“Ta vu dans les chiottes Alex? ahah c’est des oufs le poster ‘Si y a des lames en argent, c’est parce qu’il y a des couilles en or’ alalaaa” Kimi se marrait, n’en perdant pas une miette.
“Ça nous change de tes apéros à la Stache-Mou” me lança-t-elle, et je souriais.
Plus tard, autour d’une table, nous discutions avec Vi et quelques femmes intéressantes, du genre classe détente. Kimi observait avec aplomb et discrétion.
Et puis en marge du groupe je l’entendis parler à Cléo, une blondinette fatale un peu barrée
“Toi aussi t’écris et tout?”
“Oui j’écris et tout” Cléo lui sourit “Et toi tu es joueuse m’a dit Vi”
“Ouais je suis joueuse pro!” Kimi voulait bomber le torse pour ne pas montrer qu’elle se trouvait idiote à côté de toutes ces filles qui parlent avec des belles phrases et rigolent sans vulgarité. J’aurais dû lui dire de ne pas s’en faire.
“Tu supportes quelle équipe?” demanda Kimi en baissant la voix – je craignais que Cléo soit à des années lumières de la Super Ligue mais à ma grande surprise
“Les Galactiques ! J’ai un gros faible pour Victoria Ramos !” Cléo prenant sa plus pétillante expression.
“Un faible pour Victoria Ramos!?” Kimi pouffa et le naturel reprit facilement le dessus “ La prochaine fois qu’on joue contre les Galactiques, je t’invite au Stade et je la fume Victoria Ramos, okay?!”
“Marché conclu, mais je vois pas comment tu pourras lui échapper!”
Elles discutèrent comme ça quelques minutes, je partis moi-même dans d’autres coins du Scopitone. La veillant de loin, elle semblait à l’aise avec Cléo et dans le taxi qui nous raccompagnait
“T’as parlé avec Cléo je voyais, elle est sympa cette fille nan?”
“Wesh un vraie relou, et Victoria Ramos par ci et Victor Hugo par là” , Kimi marqua un temps puis parla plus bas
“Dis, toutes les filles là-bas elles sonnnt ..” j’attendais
“Elles sont quoi?”
“Bah t’sais, PD quoi”
“Ahah c’est toi le PD !” Dialogue d’usage. Puis je lui dis que moi aussi je l’étais, ce fut très vite réglé.
“Wesh ça me dérange pas t’inquiète. Tu savais que même notre Présidente Marie-Claire Lestoux c’était un PD.”
“Ahah ouais je savais Kimi! Et tu sais, ça serait mieux que tu arrêtes de dire PD pour parler de ça ok?”
“Je crois que cette fois tu as raison” elle me dit en souriant, le regard au loin par la fenêtre du taxi.
C’était juste avant les play offs (ndlr : grandes finales), fin de saison régulière. Lames de Panam’ contre Les Galactiques de Victoria Ramos. Ce match comptait un peu pour du beurre puisque les 2 équipes étaient déjà qualifiées pour les play offs. Sauf que ce soir-là, le diable se cacha dans les détails.
Kimi m’appela quelques jours avant dans tous ces états et quand j’arrivai chez elle, elle shootait contre un mur, en claquettes chaussettes avec un petit ballon. L’ambiance était morose. Elle se décida à parler
“C’est un film c’qui s’passe j’te jure. Coco et les autres, elles disent qu’on a pas le choix, il faut qu’on se couche, qu’on perde exprès tu vois le truc…coach Wax a chialé devant nous wesh mais elle a dit qu’on avait pas le choice”
Je savais bien.. J’étais absolument énervée et obligatoirement calme. Pour vous la faire rapide, si les Lames l’emportaient elles finiraient à la surprise générale 3e de saison régulière. Hors ce petit miracle avait un coût pour qui organise des paris clandestins. Lucky Lucy avait dû décider de donner un coup de pouce au destin pour éviter que cette 3e place n’arrive. Et puisque les Lames étaient qualifiées quand même, c’était à moindre mal devaient se dire les plus sensibles. Il devait y avoir un moyen de pression, un vice caché, et alors le dominant enfonçait son opinel.
‘A moindre mal’ me répétais-je pour me calmer.
“Putain et moi j’ai invité Cléo, c’est l’bordel!” elle repartit dans des shoots rapides et songeurs.
Au milieu de la percussion de ballon, elle stoppa en s’esclaffant “T’aurais vu Coach Wax pleurer ahah on était choquées, Milou elle a dit quoi ‘Madame on comprend pas quand vous parlez français en vous énervant’ elle nous a tuées!”
Kimi me redonna le sourire avec sa petite histoire, je rigolais en songeant à Samantha Wax, une cinquantenaire de Toronto, avec sa grosse doudoune et sa voix qui porte, une dure à cuire. Elle répondait aux interviews dans un français volontaire et chaotique.
Je craignais que Kimi n’en fasse qu’à sa tête le soir du match. Et je crois bien que Samantha Wax, qui avait du flair, le sentit aussi.
Alors ce jour-là, Kimi resta sur le banc tout le match. Les Lames ne lâchèrent pas si facilement leur fierté et il fallut une décision arbitrale pour que les Galactiques tirent la victoire, un pénalty de Victoria Ramos, à quelques mètres de Kimi-statue sombre, de Cléo en tribune qui applaudissait avec l’élégance du printemps acide.
Je remarquai, plus haut dans les belles loges, Lucky Lucy hilares avec ses filles, des poules de luxe, apprêtées et luisantes, sensuelles dans ses bras.
Vi était en retrait et tirait grise mine.
Kimi entre dans une colère noire
Kimi ne veut pas dire qu’elle est blessée
Kimi ne peut pas faire ce qu’elle veut
Kimi a peur de comprendre
Les semaines qui suivirent furent lunaires. Avec Vi nous vivions quasiment exclusivement la nuit pendant des jours. “Nous explorons un autre goût du présent ma vieille” et elle m’emportait par l’épaule. Le jour levé, tous les problèmes lui retombaient dessus, l’Arène, les paris, tati Christiane qui se durcit et puis “ses chers fantômes” comme elle me le soufflait parfois la voix en cendre. Vi.
On eut vent d’une embrouille entre Coco et Kimi à l’entraînement, mais ce n’était rien de méchant. A vrai dire Kimi ne répondait pas à mes messages et c’était bien qu’elle se débrouille un peu. Vent aussi de soirées au Scopitone où Kimi aurait été aperçue et pas avec de l’eau chaude au citron. Kimi assure sur le terrain, les Lames passent les huitièmes de finale et préparent le quart.
Un mauvais jour où nous n’avions pas encore dormi, nous découvrîmes avec tristesse une Une d’un torchon people lambda de Gouine City. Kimi, la clope au bec avec un ti punch, et Cléo la main sur son bras, à la première du film “Au sud de ma chatte” par Brigitte Hanik. Rien d’équivoque. Mais je savais bien que ça ne passerait pas. Et comme de fait, mon téléphone se mit à sonner comme un bébé qui pleure. Malik Wajdi, furieux. Contre moi, contre le football, contre Kimi. C’était trop pour lui, qui n’était pourtant pas bien bavard. Son père ne voulait plus de la maison qu’elle leur avait offerte. Elle lui faisait honte, voilà ce qu’il disait. C’était dur, c’était injuste, c’était stupide et triste. C’était ainsi.
J’attendais que Kimi me contacte, je pensais tous les jours à elle.
3 soirs avant le match des quarts de finale. Je reçois
“J’espère que ça va pour toi – Ici c’est un peu la merde – et mon père veut plus me voir”
“Ne tourne pas trop là-dessus Kimi – Laisse le Temps agir, je t’assure”
“Ok”
Quelque chose était un peu cassé entre nous sans que l’on sache pourquoi.
Quart de finale – Lionnes Noires vs Lames de Panam
“Oui Stéphanie c’est vraiment un des quarts de finale les plus excitants, on retrouve les surpuissantes Lionnes, anciennes tenantes du titre, face à l’équipe montante, les Lames qui vont essayer d’emmener leur club en demi-finale pour la première fois de son Histoire rendez vous compte.”
Vous nous cherchez? En position à la Stache-Mou comme disait Kimi.
Ca gueulait et même les tambours devant le bar!
Je gardais un secret : je ne quittais pas Kimi des yeux. Elle me manquait.
Elle avait les yeux complètement en pupille et suivait le ballon comme une dingue.
“On dirait qu’elle est archi défoncée nan?” fit Vi en se penchant vers moi – elle n’allait plus trop aux matchs avec Lucky Lucy.
“Oui” lui répondis-je, asphyxiée.
Kimi et les Lames font jeu égal, il ne reste que 12 minutes.
“On sent que les Lionnes ont haussé le ton physiquement pour essayer de contrer des Lames en jambe et c’est encore Wajdi qui en fait les frais ici, sur cette faute grossière de Pinoza. Wajdi est tout bonnement intenable ce soir – Oui Thierry c’est exact et ça nous promet une fin de match électrique”
“Ces Salopes de Lionnes nous hachent la tronche ouais!” Tony arrive enfin du taff la gueule en sueur, le dos en feu!
“Allez alleeeez” – niveau tension on est vraiment à cran – si vous craquiez une allumette à cet instant à la Stache-Mou, vous nous faisiez tous péter.
Sur une action fourbe et sèche de cette peste de Pinoza, Kimi se prend une grosse béquille en flan de cuisse, elle se relève les yeux en lave, la Lionne lui dit un truc et Kimi lui met une sublime et fulgurante balayette. L’autre s’éclate au sol sous nos yeux ébahis. Irrémédiable.
Carton rouge. But des Lionnes 7 minutes plus tard. Impitoyable.
Quand je quitte l’écran c’est Coco qui console Milou en larmes pendant que Desch défonce un panneau publicitaire avant de se faire calmer par les stadiers, pleurer oui, niquer le business non.
Je fonçai au Stade, je ne voulais pas que Kimi soit seule. J’arrivai en courant dans le couloir tout juste pour entendre Coco gueuler “Tu fais chier à mort Wajdi, t’arrives défoncée pour le match de notre vie, tu te prends un rouge de boloss d’arrêt de bus, c’est quoi ton cerveau là” “Pourquoi tu m’parles toi? T’as marqué plus que moi? Nan – alors tu fermes ta gueule” “C’est toi qui FERME ta gueule”
“SILEEEENCE” Coach Wax claqua la porte du vestiaire et on entendit le bruit énorme d’un ours qui rugit au fond d’une grotte du Canada.
Le mois suivant, Kimi changea de club et m’annonça qu’elle me quittait, mais je le savais déjà. Elle allait chez les Galactiques. Tout cet épisode avait rendu tristes les gens du coin.
Elle s’envolait loin de nous et nous l’aimions trop pour lui en vouloir.
Pour ressentir à nouveau le vent à toute vitesse
Nous avons sauté de l’avion sans parachute
Nos dieux n’étant pas rassasiés
Nous devions sauter plus
III. La Déglingue
A ces airs obsédants
Ces trips fiévreux
Fredonnés au souffle du froid
Notes écrites quand la nuit devient l’oxygène
La Lune grand-mère heureuse de nous revoir
Cette pute à la retraite, mamie du trottoir
Les nuits parisiennes les beaux apparats
A la bonne heure de notre bonne étoile
Explosions sociales loin des longs contrats
Nous sommes honteux
et fumons nos réussites pour les fêter sous terre
Nous sommes heureux et ouverts
Ici demander “qu’est ce que tu fais dans la vie” serait dégueu
Comme vomir du vin dans ta civière
Notes écrites quand la nuit forme un arbre
et grimper notre seule solution
Le jour est possédé par des cheveux gris, des mauvais darons
La nuit équitable
De l’inondation nous nous arrachons
Notes écrites à l’air froid gratuit
Et du fond de joie du fond de la nuit
Notes un peu stupides – soi contre l’ennui
“Transfert qui a un goût de promesse pour les Galactiques, transfert glamour Stéphanie – Oui c’est clair, le club le plus puissant de la Super Ligue et son étoile naissante, ça ressemble à la belle histoire, Wajdi rejoint les Super G et devra trouver sa place auprès de leur historique capitaine Victoria Ramos.”
Vous imaginez la tronche que je pouvais tirer les jours de pluie?
Une fois, ivre morte enfin au chaud, sur un matelas j’ai rêvé d’un texto jamais reçu :
Elle avait changé son nom de maillot, logique et difficile
Mais cette fois pour le numéro, pas besoin d’additions
Je n’ai à dire ici que de creux diaporamas-nombriles d’une spirale
Au fil de quelques saisons harassantes pour rien
Nous devions cloisonner les heures, segmenter nos vies. La journée aux chiottes du bureau c’était bien le feu de la nuit que je pissais. La dame du planning était débrouillarde et affectueuse, et les soirs quand elle bordait ses gosses, j’étais quelque part éclatée et locataire d’endroits. Et à nouveau le lendemain le travail, on était au même étage et pouvions même blaguer. C’était curieux de se dire ça, à la photocopieuse, en attendant le prochain soir, minuscule et mélancolique. Parfois l’écran se met en veille, et alors il faut bouger la souris du doigt digital de notre ennui. Effleurer à nouveau l’activité, avant d’y mettre nos facultés, un petit clic pour s’évader, ou scroller jusqu’à nausée. Jusqu’à ce que l’écran se remette en veille, éteindre la lumière, repousser le clavier qui fut l’intermédiaire toute notre journée. Le soir-marée-haute revient nous chercher.
Les vieilles dames solitaires nous parlaient facilement aux banquettes des brasseries. Nous évoquions alors d’anciens twists tout en dentelles des meringues des bretelles, des droits universels et l’assurance de leur soutien sans faille contre les lacrymos.
Faut dire que ces hivers-là, c’était pas d’amour que pleurait Paris.
L’été venu, dans un hangar squatté, des filles avec des pinceaux des marteaux des tournevis fabriquaient de belles expositions. Les soirs de canicule, humeurs équatoriales, torses nus nous discutions, de l’art sur des bouts de cartons. Le hasard créatif fascinait la bande. Olive parlait de “cultiver ses moments fertiles aux graines de hasard”, de la difficulté de les jardiner. Je perdais le fil et pouvais surprendre une blonde aux courbes espiègles zieuter mon ventre, prendre ma main.
Notes susurrées du brûlant des lèvres aux filles fraises des bois
A minuit choses jazz d’extases, je glisse sur son soupir
Parcours de peaux velour
Ma langue frôle cerf volant un téton argent
Le long de mon désir je caresse sa vie
Soudain d’intimes flash trash sexy
C’est dans ma bouche qu’une fois elle a joui
Avant de souffler sur la bougie
Le temps continue son ellipse _________________
Kimi et Cléo, la nouvelle auteure en vogue, font les choux gras des mauvais journaux et des titres aussi ridicules que – La lucarne de son cœur – La Belle et la Joueuse – Glamour sous les crampons – sortaient comme des petits pains industriels.
Qui devenait-elle?
Qui devenais-je…
De notre côté c’était pas rose rose – Solange déclare un cancer – Bientôt la Moustache va fermer pour de longs mois – Le plan social pour l’usine a été rejeté –
Un souvenir – Kimi m’avait dit un jour
“Imagine à l’assemblée il rembarre une meuf voilée pour se faire mousser et en fait elle est pas musulmane, elle a un cancer, ils auraient l’air de gros CONS”
“T’as entièrement raison.” J’avais senti son tremblement glacial et ne pus rien dire d’autre. Des fois c’est dur de parler. Et des fois c’est vain.
Kimi gagne son premier titre dans l’indifférence du quartier, un soir où je réparais des vélos avec Tony “Et pas des électriques à la noix”.
C’est donc à ça que ressemblaient mes souvenirs? Des anecdotes, crevettes grises d’enfants gâtés.
Et pour les Lames? On y pensait plus trop. Coco était enceinte de sa 2e, Desch avait rejoint les historiques Briques du 18 et Milou sortait son 1er album, chorégraphies à l’appui. Seules Olga gardait encore les cages, et Coach Wax le vestiaire. Elles avaient gardé la baraque ces longs mois-là.
Notes écrites quand la nuit devient eau chaude noire
L’autre face du trottoir
L’apogée du roman noir
Où l’où se goinfre de tout sous les néons
On croit que par l’argent nous possédons
L’apogée du roman noir et fringuant
Les soirées flashs
Les brunchs dansants
Certains paient pour jouer de la hache
Sans voir le sang
L’apogée du roman noir étouffant
Si on oublie de voir en respirant
La plongée dans le noir
Guirlandes de blancs
A 5h du mat sur un banc
Une fille a été dévorée par un loup gris
De l’autre côté de la ville j’attends mon taxi
Rythme diabolique paradis blanc
Actions à l’infini
Saturation du temps
Amnésies
–
L’apologie du roman noir de notre folie
Une aprèm où je clôturais un cycle infernal de soirées, je découvris des messages de Kimi, envoyés 3 jours plus tôt. « Ça fait un bail! Comment vas-tu Lady Oscar Wilde? 😛 – Tu verrais l’ambiance aux Galactiques c’est un vieux sketch – Enfin tkt je gère l’affaire ” Je répondis trop tard et timidement. Entre temps, et sans mon aide, elle avait encore régalé en demi-finale, “aux termes d’une saison exceptionnelle, historique pour l’attaquante, devenue l’idole des jeunes, n’est ce pas Stéphanie […]”
Et puis la Moustache a rouvert
J’aime secrètement l’odeur des feuilles mortes quand la pluie enfin cesse
Ce matin-là, c’est Solange qui m’ouvrit
Des journalistes faisaient un reportage sur Kimi, ils retraçaient son envol. Alors bien sûr ils nous avaient appelés et bien sûr qu’on était fiers. Quelqu’un écoutait nos histoires de famille, le bruit du ballon contre nos garages. On était heureux et sages, réunis à nouveau au comptoir. Armand annonça son manga trilogie sur une espionne nommée Komi Wang “Les années folles du dragon”. Ça repartait pour un tour.
Cette fois pour la 2e finale de rang des Galactiques, la Moustache diffusa le match.
Alors je gardais mon cher secret : je ne quittais jamais Kimi des yeux, elle m’éblouissait.
Bon c’était pas les grands soirs d’ambiance mais on se prenait tous au jeu facilement. Armand est là Jean-Paul est là et Tony et Solange est là aussi, et puis Didier qui peste car il était en train de changer le fût pendant le premier but de Kimi, son classique crochet foudroyant-frappe croisée du gauche. Le présent nous pose là
Avec Vi on est aux anges
ça nous fait un bien fou
Ce repas de famille
Ce moment d’accalmie
Et puis à la 57e minute
“Penalty indiscutable pour les Super G – Tout à fait Thierry, l’arbitre montre sans hésiter le point de pénalty, on s’attend à ce que Victoria Ramos le laisse à Kimi, ce qui lui permettrait de devenir la meilleure buteuse de l’histoire de la Super Ligue sur une saison. Quel moment de sport Thierry! – oh attendez.. mais non c’est bien Ramos qui s’avance, la défenseuse, la capitaine, ne lâche pas son dû. Kimi semble dans l’incompréhension. Ramos s’élance etttt transforme le shoot. Oh lala Stéphanie, c’est une action qui risque de faire beaucoup parler”
“Connnaaaasssse” s’exclama la Stache-Mou en coeur, complètement acquise à la cause de Wadji notre sœur. Oui on a dit des insultes et d’autres trucs encore, et les mots choisis voulaient faire au plus mal, excusez nous. On finissait aussi par rire en cherchant la violence suivante à l’encontre de Ramos “On va mettre ta nièce au casting d’un Polansky!!” et c’est repartit en fou rire avec Vi.
C’était ça aussi les soirs de match et on adorait.
Je me souviens que peu de temps après, Vi et moi nous croisâmes Kimi à une soirée-poker-masquée de Lucky Lucy. Nous n’avons pu échanger qu’une sincère surprise, elle était très entourée, le centre de nombreuses attentions. Elle avait accompli notre rêve.
Certains journaux pouvaient vraiment être des tuyaux à merde. Par la suite leurs Unes s’enchainèrent sans interruption – Kimi côté whisky – La joueuse et son démon – Kimi voit le fond du pack – Kimi taclée au coeur par Victoria Ramos – 2 joueuses pour 1 écrivaine – Dribbles entre les lignes – La romancière Cléo et Victoria Ramos : les coulisses de leur rencontre sur le tournage d’une pub pour la sécurité routière –
Kimi n’avait même pas le permis et ça me foutait la rage, la moutarde me montait au nez.
En bref certains jours sont des post-its
D’autres sont des apéros, des chats, des génocides
A la mamelle de Tchernobyl
‘Emmerde ton boss, pense au suicide’
La tête m’en tourne
On s’use à vouloir une réalité. Et maintenant, comme nous pouvions l’attendre, arrive le moment où la paroi craque
Notes arrachées à la nuit chaos
Tarée en tempête de vents
Epilepsie pour salauds
Allergie des riverains
Tonnerres dans le sang
Et vazy Tchao
–
–
–
Ils sont à mes trousses
Stop
Alertez les fossoyeurs
Stop
L’erreur de trop va coûter cher
Stop
A l’angle d’un bel immeuble, tout près du Mac Do, 2 gros bofs m’ont brisé les os
Comme j’avais la dent de devant pétée et que j’avais honte de ça pis du reste, je suis restée silencieuse 2 semaines durant
Alex Duke au tapis, les côtes éclatées, les larges points de suture, à l’ombre chaude de mon refuge, j’ai vécu avec précaution les 3 mois suivants
J’étais enfin stoppée
Et puis arriva ce mauvais soir de juin où Vi frappa à la porte de mon îlot des toits. Il n’y eut pas de dialogue, mais une nouvelle qui souffla le froid
“Kimi s’est fait fracturer le tibia par une adversaire”.
en ce temps-là je dormais très mal
je tenais éveillée comme du plastique écorché par l’asphalte
hallucinée sous ordonnance médicale
Si j’avais eu un python, il aurait eu le blues
Si j’avais eu une bille, elle aurait eu le blues
Si j’avais eu de la menthe
J’étais vidée
Je croulais finalement sous le sommeil de lourdes journées sans rêve
Et puis voilà, le temps agit puissamment. Demande-t-on à un boulanger s’il fait son pain?
Je reçus au cours de l’été de simples messages qui valaient alors une sacrée eau fraîche sur ma nuque
“Comment ça va ma petite gueule?! – Je sais pas si t’as vu elles m’ont pété la jambe ces malades – Jpeux même pu marcher – wallah ça manque nos petites virées”
“Tu me manques aussi sale dingue – Accroche toi pour ta rééducation – Moi aussi j’ai eu quelques déboires mais je me retape!”
Après quelques curiosités et quelques blagues, attentions en très peu de mots, on se souhaita “Hasta la vista”. C’est pudique l’amitié. On dort mieux quand on a un ami. C’est bête à dire. C’est fragile au milieu de la cohue.
C’est facile et mortelle pour qui elle vient à manquer.
2 mois plus tard
Le départ était prévu pour le lendemain, je passais la prendre et on partait à la montagne, à nouveau. Rattraper le fil d’or et retrouver notre vibration, nous n’avons pas parlé de ça mais juste “ça te dirait de retourner aux luges d’été?” “Oh oui”.
Les cicatrices, les courtes nuits, on arrivait au port, épuisées après tout ce tournis.
Avait-il été nécessaire? Ou aurions nous dû nous l’épargner?
Kimi était faite d’un autre bois que les gens, que moi. Elle avait vécu, mais elle n’avait pas vieilli, je retrouvais la dribbleuse d’airs, mon amie. Qu’on s’entende, je lui trouvais du génie, à sa manière et à la mienne. Elle qui savait si bien “cultiver ses moments fertiles aux graines de hasard” comme aurait dit Olive.
Nous faisions la queue pour notre 3e tour de luge d’été, Kimi regardait attentivement les descentes des gens avant nous, lorgnait sur le panneau des records.
A un moment une daronne s’approcha avec sa fille à couettes, une petite rousse casse-cou. “Excusez moi Kimi, pourrions nous faire une photo avec vous? Ma fille vous adore”
La photo en poche elle sourit à Kimi “Bon je retourne vite auprès de mon mari, il va nous chercher, il vous aime pas trop!” Le dialogue était cela dit bon enfant.
Quand Kimi se retourna pour voir ledit mari, je sentis son regard changer. Le type avait un gros bide, une moustache stricte et un air patibulaire voire pire.
D’un coup Kimi me lança “Regarde bien l’artiste” et s’éloigna vers lui.
J’étais crispée, à quelques mètres, qu’est ce qu’elle fout bordel, prions qu’elle ne fasse pas sa justicière.
Elle lui parlait dans des gestes tour à tour respectueux et humbles, complices, enjoués puis autoritaires. Ils se serrèrent la main pour sceller un accord inquiétant.
Kimi revint vers moi
– Désolée ma Duke mais je vais descendre la prochaine avec ce gars-là
– Quoi?
– Bah ouais il pèse 96 kg et encore je suis pas sûre qu’il a tout déclaré ! C’est pas avec tes 57kg de bière sans bulle que je vais inscrire mon nom en majuscule en haut des records! Ahah désolée mais c’est le haut-niveau là”.
Ce qu’on a pu rire quand leur duo improbable franchit la ligne avec quelques centièmes d’avance sur le record, Kimi au volant et le daron à l’arrière! Et encore un fou rire quand
——- Wadji/Le Petit – record en double mixte : 02:37:87 ——
s’afficha fièrement sur les écrans d’accueil.
Et puis nous rentrâmes à Gouine City
Ainsi toute cette fièvre était guérie
IV. Folklore et Légende
“Gros coup sur le mercato pour les Lames de Panam – Oui, Marie-Claire Lestoux a réussi là un coup de maître, elle signe le retour de Kimi Wajdi, l’enfant des Lames, meurtrie par une saison blanche, une grave blessure et ses déboires extra-sportifs – Tout à fait, c’est un pari qui peut paraître risqué, c’est certain, mais elle revient en superstar alors pour nos autres amoureux de sport, quelle belle histoire – Et ça complète les retours combinés de Coco, Desch et Milou – Les fans des Lames se remettent à espérer […] ”
C’est de nous qu’ils parlaient.
Une aprem en pleine manif, les pieds en compote, les mains moites
Alors que nous prenions un sandwich basque, gras chaud et appétissant, à côté de la marmite géante d’un stand bavard, une de ces marmites qui ont connu les mariages, les festivals, les manifs, les squats, les fêtes de village, je pensais au best seller imaginaire “Mémoires d’une marmite géante”, et Vi rencontrait Maria. Cette brune énergique nous était passée devant car elle était prioritaire, tromboniste à la fanfare universitaire du secteur 5. Ça en jetait.
Après quelques rencards réussis, Vi se mettait en couple avec Maria et découvrait des trucs comme prendre sa main dans la rue ou faire l’amour, ou bien des textos salés “Pourquoi t’as pas envoyé un message, t’étais au bistrot avec tes loubards encore?”
La fanfare ne s’économisait pas et ça nous plaisait. Une fois, pour défendre les réfugiés, nous nous fîmes joyeusement tabassées, sous les trompettes de We Will Rock You
D’autres jours
A la terrasse des cafés nous rêvions tout haut des Lames
Sans s’embarrasser
Une fois de plus, nous entamions une saison de Super Ligue
Une fois de plus, la page était blanche et gratuite
Repas familial de pré-saison chez les Lames
J’étais là en tant qu’agent de Kimi, en tant qu’active au Syndicat, en tant que méga fan, prête à chialer quand il le faudrait. Mais pas tout de suite.
Vous imaginez les rides et les bings que j’avais après toutes ces années dans le volcan.
La libellule? Cramée, vous vous en doutiez.
Enfin j’allais mieux, et prête à reprendre du service. Vous remarquerez qu’il fallait avoir plus de 30 ans pour avoir du vin de 10 ans d’âge. Je parlais en comparaison idiote et étais plus solide.
Repas familial de pré-saison je disais
Barbecue magique, rêve d’épopée grecque, de périples.
Le mari de Coco, Seb’ est à côté des braises, responsable des grillades, un normand discret et fiable.
Les familles sont ensemble, tous réunis nous voilà adultes. Et oui, j’ai la 2e de Coco dans les bras, veillant à la prunelle de nos rues, pensant fort à Solange qui parierait un jour 10 balles sur cette petite Lame.
Et puis au chaud de l’aprem, sur la pelouse grasse à l’abri des tonnelles, Marie-Claire Lestoux prit la parole en levant sa coupe et ce fut quelque chose :
“Salut les filles
Bon! Nous voilà toutes, réunies à nouveau
(rires timides)
Je ne vais pas vous mentir, je suis très émue
(applaudissements affectueux)
Quand on s’est quittées sans fracas, chacune devait faire sa route
–
Et bien la route fut longue, elle fut heureuse, elle fut douloureuse
Et maintenant qu’on se retrouve, on se connaît mieux
On connaît mieux le monde
(ses traits se font très sérieux)
Vous savez que notre club est complètement investi en soutien aux grèves massives
Pardon de plomber l’ambiance, peut-être, avec ce mot que vous avez déjà aux bords des lèvres, aux coins des yeux
Ce mot pour les personnes qui gravitent autour de nous par un amour sans faille, nos supporters, du latin sus portaris (elle bluffait) “porter quelqu’un”. Nos bénévoles sont dans les rues, licenciés, trahis, exploitées, violés. Ils font la queue aux Restos du cœur, abasourdis. Eux qui, il y a encore 5 ans, écoutaient un chanteur reprendre Coluche comme un enfoiré payant ses impôts selon sa propre liberté – autant dire médiocre.
(Sa voix était rauque, c’était notre Boss)
Et c’est là que je veux en venir
Si vous pensez que c’est vain d’être exemplaire,
Regardez autour de vous
C’est bien tout le contraire : j’exige de vous une puissante implication.
JE suis la BOSS et ICI c’est la RÉALITÉ
Alors défendez comme des chiennes, faites moi de belles actions, et vous ferez lever de joie notre famille.
Voilà de quoi il s’agit et
Je voulais qu’ce soit dit.
–
Je suis fière de vous
et en vous voyant là, je suis fière de moi. (ça touchait tout le monde pour dire vrai)
–
–
La saison commence.
Mesdames,
Faites nous vibrer.” conclua-t-elle dans un salut aux Gladiatrices, aux reines de nos espoirs secrets, dans un tonnerre d’applaudissements et les vivas des filles.
Oh oui socialement tout ça ne peut avoir qu’un impact vraiment minime. Vous le savez bien?
Mais voilà comment commença notre pèlerinage.
Le soir venu, personne n’avait été contre l’apéro, toujours sous la tonnelle, les discussions sont, comment dire, plus épicées.
Kimi devait repasser au traditionnel “chant de bizutage”, et elle nous scotcha toutes, que ce soit clair, de Coco de Wax, jusqu’au type tordu qui ferme le vestiaire.
Elle monta sur l’estrade, je ne l’avais jamais vu comme ça, contrôlée, hésitante, engagée. Elle se racla la gorge – ce qu’elle pouvait fumer – et commença son poème entêtant :
Steve descend prudemment la rue,
Son chapeau enfoncé sur le crâne
On n’entend que le bruit de ses pas,
Les mitrailleuses sont prêtes à tirer
Es-tu prête ? Es-tu prêt pour ça ?
Es-tu cramponné à ton siège ?
Devant l’entrée les balles claquent,
Sur le son du rythme
Encore un qui mord la poussière
(Tout le monde chante en chorus
pendant que Kimi tape la batterie de Queen sur ses cuisses)
Another one bites the dust
–
Another one bites the dust
–
And another one gone, and another one gone
Et encore un qui s’en va, et encore un qui s’en va
–
Another one bites the dust
Encore un qui mord la poussière
–
Hey! I’m gonna get you too
Hey, je t’aurai toi aussi
–
Another one bites the dust
On clama toutes en cœur ce chant qui deviendrait l’hymne vibratoire des fans des Lames et plus encore.
Quelle belle journée
Ensuite vient une période où les jours passent plus fluides. On a grandi, et c’est bête mais “bien s’organiser” permet de mieux faire passer la pilule. Il n’y avait pas de quoi être fier, ne vous y trompez pas.
Côté taff, Vi est tracassée. Lucky Lucy n’est pas une simple N+1 de plates réunions. Elle est redoutable, et Vi commence à sentir le piège de la possession sur son bras se refermer.
Quant à moi, roublarde de tickets resto, je micmacais un ordi du taff et l’installais secrètement chez moi.
C’est à peu près tout pour ces semaines-là.
Quelques mois plus tard
On logeait toutes (joueuses/staff/entourage) dans cette vieille ferme normande, pendant 5 jours. On allait jouer 10 jours plus tard la première demi-finale de l’Histoire des Lames de Panam.
“Stage de préparation aux Finales” annonçait la presse.
Ce fut en fait ma Marche initiatique
Prenez une doudoune et des gants. Je vous aurais bien emmené à une séance matinale, à la fraîche, dans la brume des champs qui s’éveillent. Pour que vous compreniez l’intensité qu’elles s’imposèrent ces nanas-là, ces stars ces gosses aux mollets gelés par la rosée.
A la fin de sprints fous, dictés par les sifflés exigeants de Wax, elles crachent du feu, les joues écarlates les regards possédés elles se tapent dans les mains, sur le dos
“C’est ça les meufs c’est ÇA” – tout était répété 2 fois, à voix forte
“Là on y est, Là on utilise chaque seconde, là d’accord, LÀ D’ACCORD” des phrases qui paraissent simplistes, mais qui étaient tout pour nous à ce moment-là, nous joueuses/staff/entourage.
Chaque joueuse-maillon essentiel de la chaîne, trouve sa place, scelle son destin à la sueur des autres et donne la sienne.
J’ai aussi veillé leurs siestes. J’aurai aimé savoir m’endormir comme elles, n’importe quand, passionnées, ultra compétentes, avec cette bonne fatigue. Dans les hamacs de l’ancienne grange résistante, les après-midi furent douces, pommes flambées et airs de guitare. Je donnais mon max pour les mettre dans les meilleures conditions.
Autour du feu le soir, l’étincelle de notre avenir commun. Et des espiègleries, toujours. Ça peut s’échauffer à la Bonne Paye ou au Loups Garou. Desch ne supporte pas les éclats capitalistes de Kimi et Coco qui prennent un malin plaisir à lui rajouter des cartes-pénalités. Les éclats de rire, les fausses colères, les débats endiablés, les vannes à tout-va. Et puis la discussion retombait toujours sur les finales qui arrivaient, et là ça rigolait plus. C’est nos championnes que je voyais là.
On en a eu des bons moments avec ce groupe de Lames qui voulaient ramener la Coupe dans nos Quartiers. Vous sentez maintenant que ce n’était pas rien, ce rêve inoffensif.
Le dernier soir, il y eut un choc de titans au Loups Garou. Il ne restait plus que Coco, Coach Wax et Kimi. Marie-Claire Lestoux jubile en maître du jeu.
2 villageois (dont le maire?) et donc 1 loup garou.
Qui bluffait qui?
“Le Village se Réveille..” annonça Lestoux solennelle comme une enfant. Les débats qui s’en suivirent entre les 3 finalistes furent incroyables, à couteaux tirés de longues minutes, sous les regards passionnés de l’équipe, chacune rivalisant de comédie, de virtuosité. Je vous laisse imaginer.
On se couchait tôt, comme au ski, puisqu’on savait pourquoi on dormait.
Kimi demandait tout le temps “Je peux sauter le petit-déjeuner? »
“Nan!”
C’était facile et exaltant, nous étions enfin à 100% concernées
Quand on est parties de là, personne ne parlait dans le minibus. Chaque joueuse devait finir sa transformation. Leurs muscles aiguisés, leurs esprits galvanisés. Elles étaient celles qui devraient bientôt assumer notre foi.
Quand les matchs commenceront, elles seront toutes les 5 dans l’Arène. Elles seront complètement seules sachez le bien, et nos cris à la Moustache nos chants dans les virages, tout ça compte, mais elles seront seules. C’est une question de fierté.
Elles se battraient pour elles et pour nous, dans un pacte invisible
Elles nous promettaient la Lune
Et nous avions le droit d’y croire à fond
Une fois n’est pas coutume
Au local de la fanfare, à côté de la fac, ça roule des pelles, ça prépare des collages, ça répète. Les filles sont dans tous leurs états. Je faisais un lobbying pour intégrer Toxic de Britney à la liste. Vi était aux petits soins pour sa tromboniste d’amoureuse. Maria la forte tête. Elle pouvait aussi piquer sa crise de jalousie et Vi devenait du miel pour s’en sortir.
“C’est parce qu’elle est espagnole, elles sont plus sanguines! Tu vois ce que ça fait d’avoir de la sangria à la place du cidre!” – Vivi l’amoroso
Il ne restait maintenant qu’une poignée de jours avant la demi-finale.
Lionnes Noires contre Lames de Panam’ (le remake – L’Acte II – comme le vendait la presse)
A l’angle d’un boulevard, notre cœur part en chamade pour un rien “putain demain soir faut qu’on les fume – c’est claiiiir” répond un passant.
Nous ressortons comme un vieillard, un druide aveugle, le vieux livre en or, et attendons la suite de l’histoire
Soir de match au Stade malsain et oppressant des Lionnes, emblématique, rempli jusqu’aux combles et chauffé au chalumeau, déjà au bord de craquer.
Voyant que je suis pour les Lames, une rombière crache sur mes pieds. Je la regarde en haine, en insolence, j’adore. Vas-y ma bourgeoise, fais moi grimper l’électricité.
J’étais dans la tribune, juste au-dessus du banc des Lames, au cœur des flammes
Prenez ce qui suit comme mon reportage non-essentiel et pardonnez moi,
Si j’avais fait la guerre du Vietnam, j’aurais plutôt parlé de ça
Mais puisqu’on en est là, on va y aller à fond
Notes écrites aux braises des gradins
Les Lames rentrent les premières sur le terrain, et affichent des regards d’acier. J’en frissonne, animée de chants guerriers. Le protocole déclenche ainsi le début des hostilités. Le stade des Lionnes hurle en fracas contre les Lames.
Chacune de nos joueuses se fait siffler, insulter, et nous redoublons d’efforts pour qu’elles nous entendent dans ce vacarme ennemi.
Suivant le rituel, le coup de sifflet de l’arbitre lance cette heure irrémédiable, et nous pousse dans le vide
C’est parti
J’étais suspendue à elles. Vi ne lâchait pas mon bras, à chaque incursion des Lionnes dans notre zone, elle enfonçait ses ongles en geignant.
Pinoza recommence à chauffer Kimi à blanc, et les mauvais souvenirs reviennent nous effrayer. Desch glisse un mot à Kimi en prenant le coup franc.
Sur une action anodine Desch relance, les arbitres filent vers le jeu, et bien à l’arrière, à l’abri des regards, Coco met un énorme coup de genou à Pinoza. Le stade explose de folie. Coco feint l’incompréhension, continue de jouer, subit 1 millions d’insultes ignobles, bien sûr qu’elle tient bon.
Pendant le stage, elle avait gagné au Loup Garou et gagnait encore cette fois-là.
Le match reprend dans une tension permanente
Pour une course une défense une parole
Une nouvelle éruption
Dans les tribunes tout le beau monde, le grattin de Gouine City et les bigs boss.
Dans le désordre, Véro Lafonte, Marie-Claire Lestoux, Gigi Lazur, Marinette Pichet, Michel Mélasse, Bernie Tapette, et j’en passe.
Et Lucky Lucy qui vient se pavaner.
En 2e mi-temps une forme de transe m’empêche de mettre des mots.
Je peux juste vous dire, en serrant dans mes bras mon voisin inconnu, que soudain
Kimi dribbla avec virtuosité la défense, un moment de grâce, comment-a-t-elle fait?
“Elle n’a plus qu’à tirer! Oh mais oui elle la passe à Coco qui marque dans le but vide! Buuuuuuut pour les Lames! Oh lala mes Amis […]”
A partir de ce moment-là, le torrent
Score final : Lionnes 0 : 2 Lames (avec 2 passes décisives de Kimi! Vous imaginez ma joie)
Puis la fête aux quartiers
Un vrai foutoir de rires
A la Moustache, et dans les rues aux cicatrices de maladies de chômage de manifestations, personne ne boudait son plaisir
Une semaine grandiose commença. Chaque matin, on découvrait notre talent, on ne rêvait pas, on était en Finale. on sortait du lit heureux comme tout.
Vi se fit larguer un soir de guinguettes, aux reflets du canal. Maria, moi je l’avais jamais sentie!
On s’en fichait complètement, l’avenir nous souriait.
Finale J-4
Je prenais mon temps, je savourais. Je pensais fort aux Lames qui devaient être réunies, construisant leur révélation. Je pensais à Kimi, mon génie.
C’est toutes nos histoires qui faisaient écho
Chacun écrivait tard le soir, à la bougie ou fumant son pétard
une fable intime de souvenirs
et annonçait pour soi-même la finale à venir
Nos revanches sur nos vies? Nous ne pensions pas ça.
Pour me détendre, j’écoutais NTM, Mozart, je lisais.
Un Américain exemplaire, Dylan T., me susurra la solution :
Do not go gentle into that good night
N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit
Je sortais alors mon petit carnet de notes, palpitante, aiguisée comme une Lame
Fable écrite gentiment dans tout ce bordel
Revenue d’une balade seule sous les lacrymos
Et longeant le parc où les bancs sont des lits
Je prenais au vent-ventoline mon goûter de chimio
Puis j’ai tendu à l’abeille orpheline un brin de lilas bio
“La Belle Journée” je lui ai dit
Elle m’a tendu un papier griffonné dans son dernier souffle de vie
“Ton vote est roué de coups dans le coffre d’une volkswagen garée parking 21 à orly.”
J’avais mauvaise haleine
On s’en foutait, nos odorats étaient détruits
Voilà les seules fables merdiques qu’on est capable de sortir.
Alors la morale de l’histoire?
Cette finale est à Nous et on redresse le buste
Pas d’accord? On t’emmerde en clamant
Another one bites the dust
–
Another one bites the dust
–
Avec gourmandise, on commence à doucement s’augmenter la pression
Vi avait d’ailleurs posé des jours. L’ambiance était délétère pour les capos de Lucky Lucy, folle de rage depuis la demi. Elle avait parié sur un but de Kimi qui n’était pas arrivé, et ça la foutait hors d’elle. J’imagine qu’elle n’avait pas pu crâner ce soir-là. Scène vieille comme le monde du pouvoir pourri gâté.
Quelques jours plus tôt j’avais eu le fin mot sur cette demi-finale historique. C’est que Coco et Kimi avaient appliqué à merveille un plan fou! Parier sur 2 passes décisives de Kimi, à contre-courant de Lucky Lucy. Kimi fut fière de me préciser que tout l’argent avait été versé aux caisses de grèves.
Je ne sus pas trop quoi dire à part
“Eh beh.. Coco et toi.. J’aimerais pas tomber contre vous au Tarot.. J’espère que vous savez ce que vous faites.”
Elles savaient. Coco se présentait en tant que représentante des joueuses à la Ligue, contre-pouvoir à Lucky Lucy.
Les temps changaient.
Jour J
Vi nous organisait tout le planning qui devait nous amener affûtées pour le coup d’envoi.
Appelons donc ça – La Grande Journée –
On envoie un message à ses proches. On ne lambine pas sur les beaux détails.
Y a pas mal de choses à faire si on regarde bien.
Je prends des nouvelles de ma chère mamie, lui souhaite un bon match. Elle aussi a le cœur qui tambourine
“Je suis stressée pour les Lames ma petite chérie. C’est sûr, ce doit être très dur pour elles. C’est le ciel ou les larmes”
On a pas hâte, l’heure fatidique arrivera
19h – Arène Olympique – Lames de Panam vs Super Galactiques
H-2
Virage Nord – La fanfare et les irréductibles – la sève s’installe
Les banderoles, les promontoires, les tambours énormes
Ils se maquillent entre eux en ROUGE
C’est très sérieux
Si quelqu’un rigole, c’est nerveux
Voilà pour le décor
La tension euphorique grimpe encore d’un cran
Transcendance de gala
Voilà les notes écrites partout où ça vibre pour les Lames
J’étais au stade, j’étais à côté de ma mamie, j’étais à la Moustache
J’étais l’instant et vous aussi
Ok c’est parti
Dans un vacarme indescriptible
Les joueuses entrent sur le terrain
Le Moment fatidique se dresse devant nous
L’air est irrespirable
On a soudain des ricanements de crises
En se serrant les bras
On se met dans un état effréné
Si nos mères nous voyaient!
Rien de ce qui suit n’est une guerre
c’est notre vie résumé en un jeu incroyable
Notes écrites en chute libre
Comme une molécule
Nerveuse et électrique
Premières minutes
Le début de match est très très serré. Personne ne veut faire l’erreur qui plomberait la suite.
Les équipes doivent être là, au contact – en plein dedans, quand les dernières minutes, les dramatiques, rendraient leur verdict.
En gros, à chaque fois qu’une joueuse à nous à la Balle, nos cœurs vacillent, notre Sœur en plein danger, sous les yeux du monde.
Et puis voilà qu’elles rendent coup pour coup, exigent des Galactiques des miracles pour grapiller 1 centimètre. Elles nous rassurent. Elles nous montrent. Ce qu’elles ont dans le ventre et donc dans le nôtre aussi. Le Pacte.
“Vous êtes dans le vrai, allez ALLEZ on décale, come on girls, COME ON” Coach Wax dicte sa loi, en faisant les 100 pas, solide devant le banc, l’ours qui nous guide.
Qu’est ce que ça voulait dire? Que notre défense dévore chaque ballon, gonfle les muscles pour rejeter l’assaillant.
Faut le dire, on subit quand même
“aaaaaahhh” Vi grogne, tape sur ma cuisse
C’est interdit de fumer. Les gens autour de nous s’allument clope sur clope.
Les Super G sont dans notre camp et nous oppressent
Tout le monde se lève sans savoir pourquoi, pour engager le corps, rajouter un excès dans la balance.
La fanfare a l’air de s’activer, on les supplie de lancer une chanson qui nous donnerait de l’air, qui montrerait aux Joueuses notre amour
Notre Totale Implication
Olga Desch Milou Coco Kimi, de mon côté je m’assois 2 secondes pour prier
Serrant contre moi ce vieux livre en or, aux pages fragiles
Je ferme les yeux les mains jointes
Et puis le signal retentit : c’est les tambours qui commencent notre hymne spartiate
La femme géante cogne le rythme de béton, exige de nous la dynamite, les veines prêtes à éclater elle cogne son tambour et le mur derrière elle – Nous – se gonfle à 1000C°
Les esprits s’électrisent définitivement
Voilà l’embrasement qui nous fait briser nos dernières chaînes
C’est fini les crans, c’est fini les degrés
Coco-Viking, après une série de dribbles forcenés, obtient un corner à bout de souffle. Putain notre première action.
Elle se retourne vers nous et hurle en ouvrant ses bras : elle veut nous voir rugir.
Notre réponse : 2 TONNES de hurlements déchaînés
Au coeur des flammes ardentes je me souviens
10 minutes électrocutées
Desch voit sa frappe s’écraser dans un bruit de canon sur la barre transversale. Vi est au bord de la crise. Elle fume en buvant en chantant en se pissant dessus. Je ne suis que nerfs optiques et cordes vocales
Kimi oh Kimi se libère un espace – enfin SA situation – elle peut provoquer – elle prend de la vitesse – vas-y ma pouliche fais nous l’amour! On dit des phrases ridicules, et Kimi est reprise au dernier moment par Ramos.
“OOOOOOOOOOOOOUUUUUUUUUUH” on lui hurle nos fureurs avec plaisir à cette grosse connasse. Ça nous détend le bide un court instant.
le rythme est maintenant effréné, l’ombre du KO se fait pesante au-dessus du carré vert
Plus que 3 minutes avant la mi-temps
Mais 1 seule seconde peut changer toute la situation :
Ramos lance Pattie en profondeur – oh non – Pattie va nous crever – Olga – OLGA – OLGAAAAA – on s’accroche à ça de longues secondes en tremblant – elle nous a sauvé la baraqua
Oh mais le Ballon repart dans l’autre sens, Milou récupère le cuir, joue du corps, s’impose – transmet à Coco qui sonne la charge – et Desch, DEsch DESCh DESCHHHHHHHH
C’est le but
Le torrent est toujours plus fort
Vous pensiez à de l’eau? C’est de la lave
–
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– – –
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PAUSE – souffle
La Mi-temps sépare les joueuses
Nous sommes dans le rouge vous le sentez? il va falloir vite se refaire
Un boxeur retourne dans son coin, entendre son clan, recracher de l’eau rouge vif
Sa lèvre saigne mais c’est bien son uppercut du droit qui a tiré la première déflagration
Le Boxeur est silence – le boxeur est tempête – le boxeur a peur – mais non, le boxeur sait ce qu’il doit faire
Ailleurs?
Ça claque en bandes organisées, paumes à vif contre le zinc du navire
La Grande Stach-Mou mes amis, fier vaisseau fendant la houle et les vagues vertigineuses.
L’énergie dégagée quand chaque moussaillon active sa zone, sort la grand’voile.
“Another one bite the dust, Another One Bite The Duuust”
j’ai eu les larmes aux yeux pendant un souffle c’est vrai
ces cruciales secondes ensemble à nous y voir tous. Positifs.
Et si ce que je vous dis vous paraît dérisoire, c’est pas l’avis de mon voisin de tranchée. Pour aller pisser des missions débridées et combien de beaux visages à fond dans leur élément, la Grande Mer – la Vague Finale –
Retour en tribune, je peux vous dire que ça use, on est tous fébriles.
Quand on pense à nos lames, assises sur ce banc en bois qui n’a jamais changé, touchant leur rêve de gosses sans avoir le droit d’y penser, ça donne un truc démesuré.
Je revois la jeune Kimi, celle qui jouait devant les garages, tout ce chemin fait ensemble. Kimi devenue notre Reine, maintenant se bat pour nous tous, sous nos yeux ébahis, de tout son talent et de toutes ces forces. J’ai les chocottes, je me fais petite derrière elle.
On doit penser à nous aussi, se refaire un peu la pilule, car dans 5 minutes maintenant vous savez, on devra tenir la corde raide – on souffle avec de petites actions
Déplier la banderole de la 2e mi-temps que des filles avaient peinte les soirs précédents, dans des locaux vétustes. Recharger les bières, pisser, se délier les jambes, prendre des nouvelles du voisin. Des gestes simples au final
C’est reparti
Les joueuses des Galactiques sont sorties en premier du vestiaire
et nous promettent l’enfer
Logique
et ça nous remet dedans direct
Un beau homard qu’on jette dans l’eau brûlante
’
Lames 1 : Galactiques 0
J’écris quelques lignes
Dans le cahier précieux
Un air de Lac des cygnes
Après l’entracte
Voilà l’Acte Final
Ce bon vieux coup de sifflet nous enjoint à reprendre,
une dernière fois
Résister à la tempête que les Super G semblent programmer. Les Lames tiendront-elles? Nous le gueulions, nous le prions
Les minutes se traînent
Les Lames plient
–
_____ Mais ne cèdent Pas ____
A quelques mètres de notre but, les Galactiques rôdent comme des Vautours, usent de tous les vices. Pattie obtient une faute dans une simulation grotesque. Les Lames ne bronchent pas et nous révèlent leur Puissance, leur Sagesse. Elles tiendront, Vi en est certaine.
Les minutes défilent ainsi. On ne cligne plus vraiment des yeux mais ils ne s’assèchent pas.
On entre dans le dernier quart d’heure. C’est long 15 minutes
Sur une action anodine, la frappe est déviée, Olga à contre pied, malheur
Ramos exulte de joie avec ses coéquipières – c’est horrible
Nos Lames abasourdies ont les mains sur les genoux, les regards hagards des secondes entières
S’effritent comme du sable
MERDE
A la Moustache on entendait une mouche voler
Lames de Panam 1 : 1 Super Galactiques
Ok ok c’est rien, Vi se relançait comme elle pouvait.
Coach Wax prend un temps-mort immédiatement
Le Boxeur vacille devant sa vision écroulée
Le Boxeur retourne dans son coin comme un enfant accidenté
Et c’est peu dire que ça va mal
Le virage brusque l’a gravement blessé
Son clan l’assoit sur le robuste tabouret
On le laisse respirer, c’est notre Héros et il vacille
Mais pusique nous avons tant de fois nous-mêmes vacillé…
Le clan a peur – non – le clan n’a pas peur – toutes leurs énergies sont orientées pour tenir tête –
c’est dur le présent immédiat du sport, le geste, à chaque instant le choix – je craque auprès de Vi dans des réflexions farfelues
NON son clan ne veut pas entendre le moindre écart à notre foi :
“C’est le plus grand moment de votre vie
Et j’en ai rien à foutre, vous m’entendez?
Si on panique, autant le dire tout de suite et quitter le terrain, voilà on est 2e c’est bien.
C’est ça C’EST CAAAA???” c’était pas Wax, spontanément c’est une dirigeante qui parlait et c’est des larmes de mère qu’elle chialait, elle qu’on avait jamais entendue et qui préparait les maillots depuis toujours.
“Bon dieu de merde je vous aime et si vous paniquez maintenant je vous botte le cul.
Vous êtes les plus brillantes, les plus folles, les plus sauvages
Vous m’entendez
Alors jouer dur
Déchaînez vous
Créer moi des attaques mortelles
Le chaos le bordel
(elle essuya ses yeux)
Vous allez retourner sur le terrain vous allez cramer vos dernières forces
Elles nous regardent de haut et putain ça ça me fait chier
Vous êtes les plus brillantes, les plus folles, les plus sauvages
Alors soyez Des Lames et Déchiquetez les”
——– la sonnerie de fin de temps-mort clôtura cet ordre ultime
et lança l’assaut final – ce n’était pas la guerre mais notre vie jouée en un jeu incroyable
On suffoque complètement, les gens sont cramponnés. On ne forme plus qu’un magma autour de nos 5 Lames.
“Les 2 équipes sont bien là Thierry, en plein dedans, au sommet de leur art, et les prochaines minutes, dramatiques, vont rendre leur verdict. […]”
Le torrent impétueux nous arrache de notre lit
Il défend en bronca
Il claque les roches
Abat la pluie
J’ouvre les paumes
___ Cette sensation ____
Ces 5 dernières minutes furent notre rêve à tous, notre Exaltation
Vous me demandez de peindre l’extase, l’admiration?
Si je vous dis que nous avons pleuré quelques larmes en émeraudes qui contenaient de l’eau pour tout le monde, ça n’a pas de sens!
Alors je ne sais pas… Je suis prise dans le tremblement de terre, épicentre de bonheur
Imaginez quand même un peu la seconde tonitruante du BUT ; je n’en sais pas plus
Je n’étais qu’un corps surpuissant et solidaire, comme nous tous
Lames 2 : 1 Galactiques
Le Voici :
“ Le but de Kimi Wajdi est venue crucifier les Super G Stéphanie, quelle formidable joie pour les Lames et leurs fans, le premier titre du club – Oui Thierry quel match! Et comme un symbole, c’est Kimi qui a placé son crochet foudroyant-frappe du gauche sur Ramos pour le but salvateur. – Oh mes Amis, je vois que nous avons Marie-Claire Lestoux au micro de notre consultant […]”
Les violons entament leur Marche Royale, les cuivres acclament les Héroïnes, les tambours témoignent de ce que fut le Combat de Libération – facile de nous faire confiance là-dessus
Nous sommes tous habillés de soie et marchons à 25 centimètres du sol
Dans nos briques, nous leur gravons le Panthéon à nos nanas.
On pleure si vous voulez tout savoir. On pleure, des larmes qui viennent de si loin.
Rangez bien vos clefs d’apparts, votre CB
En liesse sur le tarmac
Oubliez la douane
On va décoller
“Mes petits poulets
Mes p’tites Salopes
Celle-là c’est ma tournée” ainsi Tony nous parlait d’amour
Les ivresses se succèdent dans nos avenues
Comme le plus grand mariage jamais vu
Reprenant mon souffle à l’écart d’une ruelle
Je suis absorbée par des souvenirs enfantins
Dans un beau Diaporamas de famille :
° Ici Antho, il a arrêté le foot y a un bail
Et c’est ultra sexy dans son jean moulé
que ce beau gay a regardé la finale
secrètement et l’oeil avisé
Juste après un rapport anal
° Là Armand, il a fini son manga et la chute va nous scotcher puisque
“Koma Wang fait la prise des 3 orteils de biais a Ramona Walpas et libère Goudham City”
° Et comment allaient les anciens coachs des joueuses? Ceux de l’enfance, dans leurs villages qu’avaient-ils fait pour célébrer leurs gosses et leurs vies? Une sacrée chouille, y a fort à parier
° Le père de Kimi est venu voir le match à la Moustache, il y est resté très en retrait
A bout touchant de l’amour pour sa fille
Il ne sait pas comment faire
Il ne rate pas un geste, pas une course
Gardant maladroit son secret : il l’aime sa belle enfant
Si j’avais eu une cabane dans les arbres, elle aurait été fière
Si j’avais eu une amoureuse, elle aurait été fière
Si j’avais eu un python
Je planais
Dans notre inestimable livre d’or
Avec délicatesse
Le plus beau chapitre était très bien écrit
Pendant 3 jours de paradis, nous avons respiré la plénitude
Faites une pause et goûtez la si vous voulez
Si je vous implore par la suite,
C’est que les notes suivantes sont des plus sombres
Et la vengeance décidée en une seconde
Ne permet aucune transition héroïque
Je tremble maintenant comme une feuille qui doit sauter d’une falaise
C’est ainsi qu’ailleurs, loin de nos rues, le soir-même
Dans un triste bureau
Des violons sous contrat ont entamé un Requiem
Prenez votre temps
Soufflez
J’insiste –
Taisons donc nos folies douces
N’avons nous rien compris
C’est fini
V. Ultra Brutale Réalité
Ainsi que je vous le disais,
Sans orchestre et sans échappatoire
Notre enfance arrivait à expiration
Nous fûmes “convoquées”, Kimi, Vi et moi
Lucky Lucy avait envoyé un de ces gros bras, Nadi Vrinka, nous récupérer
Une par une, un cortège funeste de plus à Gouine City
Pourquoi vous mentirais-je, attendez vous au pire
La demi-finale avait laissé une blessure infectée
Comment ne nous en étions pas rendues compte…
Lucky Lucy ne veut pas perdre le contrôle
Devant nous, inférieures bâillonnées
Elle va faire étalage de sa cruauté
Pour nous réduire en miettes
Nous écraser nous mâcher
“Fermez la bande de merdes”
Sur des chaises de camping, dans une cave ordinaire, Lucky Lucy nous a fait face
Elle était horrible elle était sans masque
L’effroi noir vif – de la couleur du flingue
Où chaque seconde est un crash
“Bande de grosses merdes que vous êtes” elle crachait et prenait son temps avec dédain sadique. Nos os se transformaient en glace.
Nous ne valions plus rien.
“JE prends l’argent. C’est quand même pas compliqué. Mais non, il a fallu que vous tentiez de me niquer… Vous voyez comme c’est con la vie, je peux même pas vous torgnoler, vous arracher les dents, vous crever moi-même. J’ai à peine le temps de vous faire un discours cruel correct”
Elle avait les yeux fous froids et ne bluffait pas.
“Je file à un repas avec l’avocat du ministre, quel bel alibi vous me direz!”
Mais on ne disait rien. Elle était obscène. Nous étions faits comme des rats.
“Dans 1h, quand j’arriverai au restaurant, Mademoiselle Duke et toi Vi, vous aurez eu assez de temps pour réfléchir à votre avenir. Et pour Kimi l’avenir s’arrêtera là, juste ici. Pour l’exemple vous comprenez. Coco et les autres joueuses comprendront j’en suis certaine.”
Son sale air de toute puissance perverse et intouchable, nos hurlements de rage, de marchandages, nos cœurs implosaient nos poitrines dans d’ignobles paniques.
“Vous savez ce qui m’ouvre l’appétit? C’est d’entendre vos cœurs battre fort comme ça. Mesdames..” elle inclina la tête comme pour partir poliment.
Après avoir précisé à Nadi “Dans 1h tu laisses partir ces 2 chattes puantes et tu flingues la footballeuse.”
Elle s’éloignait
Quand Kimi-fureur royale
Sombre Jedi
l’interpella
“Hey Lucky, retourne toi sale face de mort.” LL se retourna lentement, prise par surprise, peureuse.
“Ouais t’es une vieille pute, une capitaliste, t’as pas d’race et pas de mérite. Une collabo de merde. Tu pourries tout et pourquoi? Pour lécher quelques bouches cockées devant d’autres raclures dans ton genre, ça te parle ça nan? Aux premières loges des stades de mon cul wesh?! Et Ouais c’est mon cul que toutes tes poules ont matté grosse pute et c’est moi qui les ai fait jouir tous les samedis.
Et maintenant t’ose même pas me buter toi-même c’est ça?
Tu pues la merde et Moi je suis Immortelle, tu réalises?
(elle prit une voix plus basse, violente comme du feu) Je te tuerai Lucky. De ma main.
Allez Casse-toi maintenant.”
Et elle cracha par terre avec le regard qui jurait à Lucky Lucy qu’elle avait gagné. Une kamikaze en somme. Mon Héroïne
Lucky vacilla, entre la rage et autre chose. La peur? Kimi était immortelle? c’était maintenant l’évidence. Elle hurla à Nadi de suivre les ordres dans 1h et partit furax comme une enfant vexée.
Nous étions seules avec Nadi Vrinka, son flingue et les ordres qu’il devrait suivre.
Allait-on implorer ou se débattre hystériques? Rien n’a marché.
Kimi est restée beaucoup plus calme que nous et vers la fin elle a prié dans une langue aux arabesques universelles avant de dire un mot pour son père. Un mot d’amour.
1h plus tard
Le Pouvoir autoritaire et cupide
s’abat sur Kimi
La balle éclate
Le corps s’écroule
n°10 Kimi, notre Amie notre Génie
C’est fini
L’impuissance nous étrangle à mort
Arrachées par la violence des Hommes
Il aurait fallu devenir adulte et tuer l’Enfant
Et c’était horrible
En sortant de là
Derrière une poubelle, Vi a vomi du sang
Pendant que je me remplissais de bave d’acide
Une nuit pluvieuse, près du canal à Bobigny, une fille ordinaire rentre dans une cabine téléphonique et appelle la Police pour leur expliquer où et quand Lucky Lucy a fait exécuter Kimi Wajdi, avec quelle arme avec qui. Mais aucune enquête ne commence. Un matin brumeux à côté des Puces de Sainte Chouin, cette fille appelle une journaliste pour lui raconter comment Lucky Lucy a fait abattre Kimi Wajdi l’étoile de nos quartiers. Mais rien de vrai ne sort dans les journaux.
Quelques jours plus tard, elle comprend qu’elle a jeté un gravier sur un mur
Elle pleure pendant des jours
De la violence ordinaire
Du pouvoir
Elle pleure elle hurle dehors
Elle déchicte l’air
Une bombe nucléaire au phosphore
Des poignards dans un dictateur
Ouais elle pleure à mort
La fille des cabines téléphoniques
Les larmes inondèrent nos habitations dans des coulées de boue glaciales
Emportant tout des caves de nos maisons
Ce fut très dur
Pendant de longues semaines
“Kimi morte d’overdose” ainsi se crashaient tous nos réveils
On ne riaient plus et les oiseaux non plus
On marchait main dans la main par centaines
Nous voulions subir la grêle, fuir les abris, haïr la haine
A la flamme blême on se lavait des sales chagrins
Puis chacun au bout du chemin
Fit devant ton marbre
Une promesse silencieuse
Une dignité
A bout de forces
Un bout d’eux-mêmes qu’ils ne connaissaient pas
Le marbre est froid et majestueux
Ma tristesse est maintenant si blanche
Si intense
Je pose ma main
De la tristesse pure et dure
Un courage me tient
Ce courage-là, c’est le tien
Je t’aime Kimi
