Ou
Le Rock’n Roll est mort ; Vive le Rock’n Roll
On n’en savait putain de pas grand chose sur le gigantesque, l’insolent, le violent
Rock and Roll
Mais un jour, Mick Jagger aussi décèderait.
Et nous, on serait encore jeune
et faute de mieux, on resterait sûrement dans le coin.
On en savait rien, mais des jours quand même, nos cœurs pouvaient battre,
Effleurer, et finalement caresser passionnément la cuisse d’une fille sans concession
Une noire magnifique qui gueule fièrement en plein dans nos races de blanc bec
Complètement estomaqués. Elle est digne et vachement sûre de son truc
Elle dit que la guerre, les enfants, ce n’est qu’à portée de tir
à deux pas de chez nous
It’s just a shot away, it’s just a shot away
Et elle demande qu’on lui offre l’asile
Et l’autre gars lui dit, avec des mots qui éclatent
Il lui dit, frangine, l’amour, l’Amour n’est qu’à un baiser d’ici
It’s just a kiss away, kiss away, kiss away ..
Et il l’accueille ainsi, sans faire plus de manières.
Et quand elle arrête de chanter, elle redevient humaine et discrète.
Arrachons, dévorons, la magie du Puissant, du Majestueux, de l’Insoumis
Rock and Roll
Toutes les légendes étaient mortes. Et leur période était morte
Et les plus gros dégueulasses de ce monde
En costume, siégeant à des conseils d’administration, des conseils d’Etat,
Voulant garantir des profits, maintenir leur sécurité, étendre leurs pouvoirs,
Sûrement que certains
Avaient vécu Woodstock, avaient acheté un vinyle des Doors
Avaient embrassé une fille torse nu
Et avaient chanté eux aussi
les larmes aux yeux, les bras tendus vers le ciel
“Offre moi, offre moi l’asile, ou je vais disparaître”…
Mais on doit bien le vivre nous aussi, le cri du coeur,
L’explosion retentissante, la fuite vitale, le Grand Risque, nécessaire, insensé
Le Rock and Roll
Et la route qu’on enfonce
à toute vitesse, ou écrasé par la chaleur, avec son vieux sac à dos et les cheveux sales
Et des soirs, quand la musique en termine
qu’il ne nous reste plus qu’à se rembrailler
On sort de la salle
Du sous sol, du fond d’un hangar ou d’une péniche
On crache dans le caniveau
Avec des sourires béats, ou bien les yeux dans le vague
On allume la fin d’un vieux pète tout tordu
Sorti d’une poche
Et on est en acier trempé, le truc inoxydable.
Maintenant, je suis un peu moins jeune, et
Je connais le vent frais, qui saisit et isole
L’après midi. Et le ciel un peu sombre
Les pensées qui songent, la
Nostalgie de formes, d’odeurs
De quelques décors dans lesquels je m’étais tenue.
Et à la fenêtre, surplombant les toits immobiles
Le passé et l’avenir
Le vent et les brumes
Le Rock and Roll
qui sait tout ce qu’il y a à savoir
La solitude
Voulue,
Crainte.
Et parfois j’avale des pilules
Et je me fiche de tout ce que vous pouvez penser.
Je suis balancée de l’avion à des milliers de mètres en altitude
Mon cœur irrigue comme un tambour énorme
au milieu d’une tribu ancestrale
Pourquoi voudrais je expliquer
Là où respirer suffit
Vivons un peu après notre mort
Un samedi soir, quand il était l’heure de rentrer
Je n’ai pu m’y résoudre
J’ai suivi la fille qu’il fallait que j’évite
Et pourtant dehors, loin de cette boîte puante
M’attendait une autre fille, celle que j’aimais. Et ce soir là, je crains qu’elle n’ait pleuré
Quand on ressort de ces endroits, de ces histoires,
Seul, ne pouvant être plus seul
On est frigorifié, volé, et épuisé. On est dans la fin de la nuit qui pue la ville
Le moral et tout foutent le camp. On est rattrapé par notre propre puanteur
On est pas encore triste, on sait pourtant déjà qu’on a beaucoup perdu
Et assis à l’arrêt de bus, à nous attendre, le solitaire, le raté, le passionné
Rock and Roll
Nous a pris la main, et n’a pas dit un mot
Viens comme tu es
Comme tu étais
Comme je veux que tu sois
Comme une amie, une amie
Comme une vieille ennemie
Et je jure que je n’ai pas de flingue
Non je n’ai pas de flingue
Le lendemain n’a rien changé à ça, à la blessure
Mais ce dimanche là, les vieux potes, les amis de toujours
qui n’ont dans les yeux qu’un feu chaud pour moi
Qui m’aiment beaucoup
Beaucoup
M’ont relevée
Ils m’ont allongée sur un drap, au milieu des roseaux, et des nénuphars
Ils ont roulé des pètes, et ils ont repris la vie douce
J’ai dit des insultes à tout bout de champs
On a mangé de la charcuterie, du fromage, avec du vin rouge peut-être
on s’est marré
Faisaient ils semblant d’ignorer
Mon infection, ma folie ennuyeuse?
Non, eux ils m’adoraient
Et ils m’aiment encore aujourd’hui
Et je rêve la tête dans les nuages, posée sur mon drap. C’est la Fin.
Mon cœur s’enfuit sur la route.
Et l’avenir transcendant. Ma vision claire. Je souris
Envolons nous devant ceux qui ont pris tous les risques et n’ont rien accepté de facile
Envolons nous avec ceux qui sont morts d’avoir tout lâché avec un cœur supersonique
Ils l’ont imaginée dans leur petite chambre d’enfant, puis vers 20 ans, ils ont pris la route, et
Ils ont vécu et vécu encore
et encore et encore
Le seul qui vaille la peine, la chair et la vie
Quand ça prend au corps et qu’il faut le tout pour le tout
Quand on frôle l’Enfer, et qu’après on s’envole
Le Rock and Roll
– octobre/novembre 2016 – Paris – Laurène Duclaud
It’s just a shot away, it’s just a shot away
[…]
It’s just a kiss away, kiss away, kiss away
[…]
Gimme, gimme shelter or I’m gonna fade away
extrait de Gimme Shelter (“Offre moi l’asile”) – Rolling Stones
Vivons un peu après notre mort.
(Let’s do some living after we die )
extrait de Wild Horses – Rolling Stones
Come as you are, as you were
As I want you to be
As a friend, as a friend
As an old Enemy.
And I swear that I don’t have a gun
No I don’t have a gun.
extrait de Come as you are – Nirvana
