Ma Meute


I.

Un jeun de loup

On se tenait pas vraiment la main
Et avoir le même âge ne nous rendait pas vraiment l’espoir fou
Dont on aurait eu tant besoin

On abandonna malgré tout nos gourmandises
Pris d’une peur sans Précédents

Les bonbons haribo au porc et aux larmes, les délicieux jus de fruits disparus incroyables
La science-fiction réelle, de nos 100 baskets multi couleurs,
Pour un accessoire-un faux usage et une fausse monnaie, les statistiques imposées
L’inutile confortable

Comme je nous regarde, ayant finalement grandi si sages

Maintenant que nos jeans ont de vrais trous, une histoires
on ne se dit plus un mot de trop
on a sur le visage, sur les mains, des mauvaises blessures, une vilaine toux

On est plus gênés du tout

Le jeune type en face dans le métro a tout comme moi un vieux sac à dos rafistolé,
et dedans, une gourde d’eau et une de café, un masque à gaz, un tupperware, du tabac à rouler…

Et quand on arrivait en ville, les gens ne changeaient pas de trottoirs

Les autoritaires de tous les pouvoirs 
harcelaient
Ils ont commencé à être clairs – identifiés
Et pour sûr, ils craignaient de comprendre
Du sang, ils sentaient l’odeur

Leurs violentes réactions nous avaient révélés
Et personne n’a dit qu’il n’avait pas peur

Mais ainsi
  ont commencé à sortir du bois sombre froid
sans aucune valeur

Les Enfants-Loups




automne 2019 dans le 18e


II.

Notre Territoire

Avancer réuni, battant le bitume, au rythme des tambours, des chants, joies de rages
C’est les larmes aux yeux que cette petite dame rejoint le cortège
une fois de plus
Son coeur est sans conteste très courageux
Elle sent bien comment ils veulent lui voler son courage, l’isoler, pour plus tard la finir, l’étouffer
Alors couvée par nous tous, et nous par elle, nous partons tenir nos remparts sacrés

On décide de frapper fort, d’être très clair, très posé : 

plus aucun de chez nous ne sera étouffé

Ressentez la palpitation
Nous ne sommes pas des centaines, nous sommes des millions

Et c’est leur machinerie, finalement pantin débile, qui hoquette ridicule de la bile, qui se tend toutes griffes dehors

Ma meute, louve tranquille, dit qu’ils sont aller trop loin
Alors nous sortons
Nous reprenons nos rues
Pour les empêcher d’avancer il faut maintenant être à bout touchant

Face aux soldats de fer, nous passons, délimitant avec un retour d’énergie, le territoire de nos droits
Soldats géants et inquiétants, ils n’ont plus de regard
Plus tard, la nuit tombée, à sang nos chair, ils pourraient nous crever..

Pour le moment, nous passons, reprenant les pleins boulevards et les immeubles anciens forment l’écho qui nous lie. Ce brouhaha? c’est Nous. Le fumigène, la sirène, leur économie au ralenti? Encore Nous. Les sourires, l’absence de résignation, l’humanité? Et bien c’était Nous ces jours-là, veillant nos chers Territoires.

Ma meute, louve tenace, dit qu’il faut être ferme
Alors nous tenons




janvier 2020 toujours dans le 18e








III.

Fluo & Sang

L’attaque nous a fracassés
Ma brave meute est paniquée
Un monsieur crache du sang par terre
L’autre cherche agard ses lunettes toutes bousillées
Une dame a été traînée par les cheveux
Et ce ne sont pas des images, c’est ici et maintenant

Les soldats de fer ont frappé très fort, et leur attaque éclair dans le flan de ma meute
Le bruit d’un corps roué de coups, des boucliers, les hurlements d’effroi, de colères, ma meute est gravement blessée.

Attention, ici ça s’accélère. La confrontation est inéluctable car ils ont dévoré des nôtres, sans autre forme de jugement. Vous comprenez? J’ai peur que non. 
Le poul s’accélère, l’instinct animal commande maintenant, le danger vital est juste . Lacrimo, tirs, grenades, ils circulent, se relaient, appliquent leur stratégie folle à lier, nous subissons leurs attaques aveugles, sous les regards choqués. Ma meute va bientôt réagir.

Des gaillards de chez nous, alertés par les cris, se rapprochent, ils vont bientôt y aller, au combat mortel. Ils respirent profondément, ils remontent leurs écharpes pour se protéger. Ils se poussent des épaules, se chauffent. Ils ont peur, c’est normal, mais voilà, il faut y aller.
La fille qui avait perdu son oeil est notre soeur, et ce vieux daron qui a eu les côtes brisées est notre papi. Alors c’est la peine au coeur que ma meute montre enfin les crocs.




fin janvier ci et là














[…. des mois plus tard….]


IV.

Bêtes Blessées

L’air est en feu humide
Les corps ont assez mal, très mal
Mais comment dire la limite d’un être qui vit?
Alors voilà comment les regards se croisent 
Chaque carcasse vivante, arrachée et agitée
Se recroqueville sur un coin de cette cellule GÉANTE qui est Nous °*°

Les barreaux sont en fer double centenaire
C’est glaçant

Ça sera notre dernier mouvement 
puisqu’ [..]

Et si la rage avait une couleur, alors cet instant était Lave qui brûle vénèr,
Oui, Colère, mais toujours comme nous, toujours étonnées, réfléchie, gentille de base, désespérée,
Archie douloureuse, de cœur et de chair. On secoue la tête
Car ce n’est plus le moment de s’éparpiller
Ô non c’est la fin, lui crache sang, elle accouche des os dans un coin, pendant que j’urine par le cul, ici tout est horrible, et chacun revient à un animal, terminé, on connaît les vidéos.
Prenez ça dans la gueule si vous voulez, mais maintenant désolé, ça sera notre 
Agonie énorme
de bête blessée
Désarroi hors norme
Yeux lacérés

Une pauvre femme murmure en ricanant folle dingue : “Vous avez tort de croire que 1984 gagnera sur 1.7-8-9 – “ 

10 boooom
EN plein délire, les dents en sang,
On sourit en mourant
Comme Jean Moulin, derrière les barreaux en mètre carré, on hallucine le scénario de votre perte en riant des bouts de dents

Et puis tout d’un coup Tous, la bile au fond de la bouche, la morve au nez
On commence à agir pour de vrai
Un grand coup, le dernier , le baroude final
Ouais ouais

Un homme magnifique et maigrelet se lève et serre ses beaux poings osseux , bras en croix
Il ne crie pas et ne veut convaincre personne
et n’en reparlera pas

Parmi les détenus, ceux qui l’avaient vu faire furent réconfortés, presque rien, mais peut être quelque chose de beau quand même
Technique de boxe, contre les boucliers et les gueules sous éduquées mais bien protégées,
le type cogne en rythme se protège, agit avec force et lucidité. Un authentique boxeur.

Et c’est bientôt fini
.
Notre instinct de survie

On voulait bien mourir, et eux n’avaient rien à donner de plus
Alors on gagna 

Dans notre sang et notre fureur, notre réflexion et nos peurs, mais on gagna .






Laurène Duclaud et la Meute sage le 03/03/2020 un doux rêve à Drancy


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