Mis en avant

Mort violente du pacifisme

50e jour de grève

.
.
.
.
.
.
.
.
.

Léon Blum regrette ces douces après midi d’hiver au PMU mais ne souhaite pas revenir.

— un représentant syndical

.
.
.

2020 commençait à peine, et déjà les stocks d’oeils de verre étaient bien entamés, déjà des dizaines de femmes assassinées dans l’horreur du salon de chez elles, déjà les koalas gueulaient avec leur petite voix douce.

Chiens frères

publié dans la revue Le Sabot – thème Famille

Je venais de badger au portique de sortie.
21h14
J’avais pas traîné pour me changer.
“Quelle journée de Chien!” me lança Tony pour me rassurer. J’en avais plein le dos. Avec mes 6 mois d’ancienneté, je pesais pas lourd de courage devant ses 20 ans de boutique.

J’imaginais dans ses paroles tout un discours
“Chiens en batterie, surveillés à coups de badges, de stats vicelardes
Chiens-forçats, à se noircir le sang et les os pour la Grande Machine
Chiens-soldats. Boom! un bombardement, éclats d’obus, rapides licenciements.”

Je lui répondis juste “Tu l’as dit!”
Tony était en charge de la première machine de notre ligne de production, la ligne J. Sa lumière était restée rouge vif une bonne partie de l’aprem, et on l’avait vu se démener dans tous les sens, le corps parfois entier dans la gueule de sa bécane d’enfer pour la réparer.
Ça aurait pu foutre en l’air nos stats du jour, le nombre de roues dentées conformes à usiner. Mais secrètement, tout le monde à notre ligne garde dans son casier des roues dentées en rab, pour rattraper les stats des mauvais jours. Si deux mauvais jours se succédaient alors là on était cuits, bons pour retenue sur salaire.

“Bonne soirée Tony!”
“Bonne soirée moineau” c’était mon surnom à la ligne.

Rentrer chez moi? Mon “chez moi” était une pièce sans vie, même une mouche s’y serait fait chier comme un rat mort. Mon répertoire était vidé.

Du coup, les semaines où on était d’aprem j’allais au bar. Les semaines où on était du matin j’y allais aussi du reste. Mais vous comprenez bien que la solitude du soir et celle de l’aprem n’ont rien à voir.

“Une blonde et un trait de Picon steup” je lançais, la tête dans mes pensées.

A l’autre bout du zinc, je reconnaissais un type de la ligne B. C’était des durs à la ligne B, traitement thermique, fournaise et dangers. Il fixait le mur, il ruminait, sifflait son verre et en reprenait un. Je le regardais faire pendant cinq bonnes minutes puis fixais à mon tour mon mur.

En revenant des chiottes, il me reconnut
“Putain mais tu serais pas de la ligne H?”
“De la J!” répondis-je fièrement.
“Tant mieux y a que des branleurs à la H. Allez viens prendre un godet avec un frère.”

Je prenais mes quelques affaires et m’asseyais à côté de lui. Seb.
Il était rétamé Seb. Il en avait gros sur la patate, et il avait raison.

“Mon père va crever putain”
“Merde”
“Tu l’as dit mon copain. Prenons un ballon de rouge, un bourgogne, c’est son préféré”
“Si tu veux Seb. C’est moi qui invite, en honneur à ton daron!” Je cherchais des façons de faire correctes. Il comptait sur moi, ce grand gaillard de la ligne B.

Il soupirait des “putain” qui lui pesaient 3 tonnes, à cadence régulière, la main sur le front.
“Je sais pas quoi faire pour lui donner de la force moi. Je picole ce qu’il picolait, voilà. C’est d’la merde, il va même pas partir en étant fier de moi. J’ai pu assez de temps pour ça…”

“Mon pote, mon Seb, moi j’y crois aux pensées puissantes, aux vibrations. Tout ton cœur qui bat pour lui d’amour, il doit bien le sentir, j’te le jure.” Je parlais comme j’avais jamais parlé auparavant, ni après. C’était pas le moment de se débiner. Un Collègue agonisait, encerclé par nos vies daubées d’avance, nos foutus murs en briques, nos chômages mortels, nos incestes politiques et cancéreux.

“Et je suis un costaud moi hein! Attention! J’ai un foie en acier, des reins comme des turbines, et pis regarde ces pognes” il ouvrait devant moi des grosses mains robustes, cabossées, “Mais je t’assure je l’sens bien, je tremble à l’intérieur, je m’écroule bordel de dieu.” Il allait me faire chialer ce grand gosse de 37 ballets. “Et 2 shooters de vodka!”

A la fermeture, on titubait “On prend un dernier coup chez moi” – “Bien sûr”
Alors qu’on marchait vers son taudis le long de la voie rapide, je me pris à gueuler à l’arrière, tendu vers les étoiles, les larmes plein la gueule

“PAPA 
Tu es si fort, respire en paix. Tu es si sage, si solide.
Je n’ai que mon amour à t’offrir en draps. Sois tranquille mon papa.
Tu es mon héros et je raconterai ta vie à toutes les étoiles, à tous les autres héros, à tous les oiseaux.
Nous sommes là, tu ne seras jamais seul, et nous non plus n’est-ce pas?”

Seb se retourna. Il me souleva comme un fagot, me serra fort comme l’océan.
C’était mon frère et on allait perdre notre père.

Voilà ce que fut pour moi la Famille si vous me demandiez

Le Refuge

Ici il faut passer la vieille grille qui grince
Puis longer la petite maison
Ma caravane paisible
Sur le chemin où se cachent rondement des escargots par dizaines
Je vois sur le sol un mot à la craie qui rappelle l’amour
Et des petites fleurs sucrées sifflotent 

On s’est réfugiée ici, usé(e)s par la route et la dureté des choses
et tout a (re)commencé

Entrez donc par la petite porte baignée de soleil
Dites moi si vous aimez l’ail, si vous préférez un café, une petite roulée
Voulez vous nous jouer un air des Rolling Stones à l’harmonica?
Ou vous poser le silence souriant dans le trône multicolore et roi
Le comptoir est toujours affairé à la vie des fonds de poches ou des bons repas
Le gros canapé vivra 100 ans et sait faire sa barque magique quand on part en rêverie

Mais sortons donc regarder un petit pois devenir une belle plante
A côté du compost où lambinent deux fourmis qui essayent de sortir du rang
Si vous êtes veinards, vous verrez 2 gendarmes rouges et noirs baiser sous une feuille
Alors que plus une voiture ne roule, que quelques pauvres inquiets doivent sortir masqués de bouts de misère
Mais les insectes les chats les oiseaux s’en foutent de tout ça, ce qui nous apaise

Continuons donc avec la traversée des branches touffues d’un arbre malin

Et hop nous voilà dans le jardin, la terrasse, et vous sentez cette bonne bulle bienveillée
Entourée de murs de béton vieillots et robustes
Bien sûr la famille d’à côté à mis des barbelés en haut, mais vous vous y ferez vite! 
Et des après midis vous entendrez de l’autre côté un enfant rieur et sage parler à ses parents en chinois
Et comme c’est bon de ne rien y comprendre et de se détendre

Mais installons nous donc sous la tonnelle et blaguons sans urgence

Plus loin derrière l’atelier bleu azur, dans des jardins inconnus, des fêtes de familles des barbecues et des rigolades dans des langues magnifiques de l’Est 
Et plus la journée avance, plus ils chantent fort et ont l’air confits d’une belle ivresse
Les femmes doivent amener des bonnes salades de pommes de terre sur la grande table dans le jardin et ça repart de plus belle!

Allons donc, prenons une petite orangeade avec ce pétard, passons nos doigts dans la menthe fraîche, marchons pieds nus dans les herbes sauvages de la pelouse libre
Allons allons sentir les rosiers de bohème
Et mon cher quartier qui fait sa bonne vie de quartier solide solidaire

Demain on enfilera un masque pour aller acheter un pack à l’indien du bout de la rue, de la crème fraîche et on sourira avec les yeux à nos nouveaux voisins qui s’activent dans leur jardin. L’un a des poules, l’autre nettoie des statues de biches qui doivent être grecques!
Et vite rentrons par la petite rue qu’on appelle l’avenue des fleurs car on est très contents d’être ici et veillons tous à garder ça.

Bientôt, les pétanques au milieu des tours, les discussions de table de ping pong reprendront leurs premiers rôles, les canettes d’orangina avec des frites en attendant le bus, les scooter en wheeling qui caracolent, les filles malicieuses aux beaux voiles de couleurs, les dames avec des bons popotins qui tirent des cabas à roulette remplis de courses

Mais n’y pensons pas aujourd’hui
Dans notre cher refuge calé dans le creux des grosses maisons
Veillé par les immeubles-cathédrales au loin dans Bobigny

Retournons les poivrons
Et couvons les braises
On ne veut pas de la Côte d’Azur
On vit dans le 93

Drancy

Serial Killer en gueule de bois

Les tueurs aussi prennent des apéros sympas à la fin de l’été, se font faire les poches par les jeunes gars de Barbès, et rentrent chez eux ivres morts en s’en foutant de tout ça.

Mais le lendemain en se réveillant notre type a pas la foi d’aller bosser.
ça lui fout les glandes de penser à son ptit chef
ça lui fout les glandes de penser à son ordi du bureau, à son mot de passe pourri, à l’intranet de sa boîte créatrice de courants d’airs
et à toutes ses tâches merdiques qui vont pomper toute son attention sans rien changer à rien.

Il envoie un message pour dire “Je ne viendrai pas, j’ai été malade toute la nuit”

Il retrouve vite le sourire, après tout, il a la journée.

Il aiguise sa lame, c’est vrai quoi, son truc c’est les couteaux, et chacun ses goûts.

Il sort se balader, il pense au couteau qui s’enfonce dans les ventres des passants horribles.
Y en a aussi des biens, ceux là ils les épargnent bien sûr, c’est pas un monstre. 
Il longe le square
Il laisse souvent faire le hasard, comme ça 

Il passe devant un bureau très parisien, grande vitre, 4 gros Mac, des gens frais,
Ici l’argent n’est pas un tracas, même s’ils ne parlent que de ça au final.
Alors les dés sont jetés. Il va les faire redescendre, et tant pis si ça doit faire de lui un fou.
Voilà ce qu’il se dit en fumant sa clope, en laissant monter la colère aveugle.
La vanne de feu est ouverte, pour son plus grand plaisir.

3 collègues (c’était un cabinet de […] , ou un studio de […], je sais plus, c’était dans les journaux) sortent en disant “tu veux qu’on te prenne un truc?”, une voix répond “un bun’s saumon avocat et minute maid orange passion, oh nan une San’pé”
Il ronge son filtre “Salope je vais te fumer”

Il rentre dans le bureau si calme, le mobilier est beau, bien pensé
“Si vous avez rendez vous avec Richard, il revient tout de suite”
Il avance
“Monsieur qu’est ce que vous voulez”
Lui se dit “ça t’emmerde que je veuille rien hein” il dit rien
Il avance
Elle se lève mais c’est la honte de s’indigner alors elle ne veut pas paniquer
Elle panique
Il avance elle recule vers les toilettes, elle menace, son téléphone, tout ça tout ça
Le problème, c’est que c’est bien pour tout ça qu’il l’a choisie 
Il est sûr qu’elle adore secrètement le nouveau mobilier anti-SDF en bas de chez elle. 

Mais c’est vrai qu’il en sait rien en fait. Il a jugé, et on peut comprendre qu’il ne revienne pas là dessus. Une personne peut pas tout le temps se tracasser. Il doit tourner vinaigre ou s’en sortir coûte que coûte quand ça arrive.
Bam un grand coup dans le bide. Elle sent bon, et c’est délicat, elle le repousse, mais c’est clair que ça ne va pas marcher. Main sur bouche, c’est glaçant beau à voir, la force décide de qui meurt. À ce gars-là on reconnaîtra le mérite qu’il ne passe pas par 4 chemins, par des lois, des intermédiaires, la Méditerranée. Il le fait lui-même, c’est direct, et c’est très violent la force qui s’exerce sur la faiblesse.
Le deuxième coup, il le fait super lent, et peut être même qu’il bande. 

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer