Ici il faut passer la vieille grille qui grince
Puis longer la petite maison
Ma caravane paisible
Sur le chemin où se cachent rondement des escargots par dizaines
Je vois sur le sol un mot à la craie qui rappelle l’amour
Et des petites fleurs sucrées sifflotent
On s’est réfugiée ici, usé(e)s par la route et la dureté des choses
et tout a (re)commencé
Entrez donc par la petite porte baignée de soleil
Dites moi si vous aimez l’ail, si vous préférez un café, une petite roulée
Voulez vous nous jouer un air des Rolling Stones à l’harmonica?
Ou vous poser le silence souriant dans le trône multicolore et roi
Le comptoir est toujours affairé à la vie des fonds de poches ou des bons repas
Le gros canapé vivra 100 ans et sait faire sa barque magique quand on part en rêverie
Mais sortons donc regarder un petit pois devenir une belle plante
A côté du compost où lambinent deux fourmis qui essayent de sortir du rang
Si vous êtes veinards, vous verrez 2 gendarmes rouges et noirs baiser sous une feuille
Alors que plus une voiture ne roule, que quelques pauvres inquiets doivent sortir masqués de bouts de misère
Mais les insectes les chats les oiseaux s’en foutent de tout ça, ce qui nous apaise
Continuons donc avec la traversée des branches touffues d’un arbre malin
Et hop nous voilà dans le jardin, la terrasse, et vous sentez cette bonne bulle bienveillée
Entourée de murs de béton vieillots et robustes
Bien sûr la famille d’à côté à mis des barbelés en haut, mais vous vous y ferez vite!
Et des après midis vous entendrez de l’autre côté un enfant rieur et sage parler à ses parents en chinois
Et comme c’est bon de ne rien y comprendre et de se détendre
Mais installons nous donc sous la tonnelle et blaguons sans urgence
Plus loin derrière l’atelier bleu azur, dans des jardins inconnus, des fêtes de familles des barbecues et des rigolades dans des langues magnifiques de l’Est
Et plus la journée avance, plus ils chantent fort et ont l’air confits d’une belle ivresse
Les femmes doivent amener des bonnes salades de pommes de terre sur la grande table dans le jardin et ça repart de plus belle!
Allons donc, prenons une petite orangeade avec ce pétard, passons nos doigts dans la menthe fraîche, marchons pieds nus dans les herbes sauvages de la pelouse libre
Allons allons sentir les rosiers de bohème
Et mon cher quartier qui fait sa bonne vie de quartier solide solidaire
Demain on enfilera un masque pour aller acheter un pack à l’indien du bout de la rue, de la crème fraîche et on sourira avec les yeux à nos nouveaux voisins qui s’activent dans leur jardin. L’un a des poules, l’autre nettoie des statues de biches qui doivent être grecques!
Et vite rentrons par la petite rue qu’on appelle l’avenue des fleurs car on est très contents d’être ici et veillons tous à garder ça.
Bientôt, les pétanques au milieu des tours, les discussions de table de ping pong reprendront leurs premiers rôles, les canettes d’orangina avec des frites en attendant le bus, les scooter en wheeling qui caracolent, les filles malicieuses aux beaux voiles de couleurs, les dames avec des bons popotins qui tirent des cabas à roulette remplis de courses
Mais n’y pensons pas aujourd’hui
Dans notre cher refuge calé dans le creux des grosses maisons
Veillé par les immeubles-cathédrales au loin dans Bobigny
Retournons les poivrons
Et couvons les braises
On ne veut pas de la Côte d’Azur
On vit dans le 93
Drancy
